Le 31/12/2006 : Ho Chi Minh

Après un voyage en avion où nous avons peu dormi et après avoir passé l'immigration, nous avons retrouvé nos vélos bien emballés et en état. Nous avons chargé nos sacoches et sommes fièrement sorties de l'aéroport pour nous diriger vers le district 1 (le centre) où nous avions repéré un hôtel. Nous nous sommes évidemment perdues car on a suivi bêtement le troupeau de deux roues.

La chaleur est accablante et la pollution omniprésente. Peu de feux, des embouteillages de deux roues, peu de voitures, beaucoup de piétons, peu de passages piétons, bref, une belle pagaille !! Pour traverser un carrefour, il faut marcher lentement sans s'arrêter pour permettre aux véhicules roulants d'anticiper sur notre trajectoire. Beaucoup d'habitants portent des masques à cause de la pollution. Nous roulerons d'ailleurs masquées aussi quand nous repartirons dans deux jours.

Ces deux jours sont l'occasion pour nous de prendre nos marques, d'acheter des Dôngs (monnaie locale; 20000VND= 1 euros), de récupérer du décalage horaire, et de visiter.

Le choc culturel est grand. Les marchés sont très animés. On a vu des grenouilles se faire éplucher vivantes et tenter encore de sauter même sans tête. On ne pourra pas dire que ce n'est pas frais ! Les odeurs prennent à la gorge, elles sont très fortes (on ne sent plus rien dans nos marchés européens aseptisés). La crasse est partout et les poubelles inexistantes ; les ordures sont ramassées par des cantonniers. Le bruit est assourdissant et il faut crier pour se comprendre. La ville a l'air de ne jamais dormir. Pour signaler leur présence, les conducteurs klaxonnent sans arrêt, ils ne sont pourtant pas énervés (chez nous, on klaxonne par mécontentement).

Les vietnamiens sont souriants et nous disent « hello » à tout bout de champ, ils sont serviables.

Nos repas se font essentiellement dans la rue (soupe de nouille ou riz/ viande). Ca grouille de vie.

Une journée type de pédalage : le matin, nous nous levons vers 5h30-6h00, nous petit déjeunons rapidement de ce que nous avons acheté la veille (souvent des choses sucrées, style brioche chimique, gâteau sec et lait chocolaté en brique). Nous partons vers 7h00. Nous roulons jusqu'a 10h-10h30 où nous faisons une pause déjeuner composée d'un gros bol de soupe de nouille au boeuf avec du soja frais et des herbes diverses et non identifiables (mis à part la coriandre). On pédale à nouveau pour arriver à l'hôtel vers 15h et nous montons le camp de base.
C'est une journée type qui est largement modifiable en fonction des rencontres.

Nous sommes le 31/12/2006, j'en profite donc pour souhaiter à tous ceux qui liront ces quelques lignes sur le site une BONNE ET HEUREUSE ANNEE 2007.

Le 03/01/2007 : la route

La RN1 est plutôt en bon état, goudronnée avec deux voies dont une espèce de bande d'arrêt d'urgence où les deux roues roulent pour ne pas se faire emporter par les camions. Quelques bris de verre jalonnent la route. Attention aux crevaisons ! J'ai crevé à 20 km d'Ho Chi Minh Ville… Joyeux départ ! Le bord des routes est désolant de crasse : ce sont de vrais poubelles. D'ailleurs pour parler de poubelles, nous n'en avons pas vu une seule et tout le monde a l'habitude de jeter ses déchets par terre ou qu'il soit. Des cantonniers se chargent de ramasser inlassablement.

Nous longeons des rizières et des plantations de pitayas. Quelques bœufs sont au bord de la route, attachés à une simple ficelle et paissent tranquillement au milieu des klaxons des camions et des bus fous. Les accompagnent de belles aigrettes blanches à bec jaune. Les champs avec des barbelés n'existent pas : les vaches sont attachées à une corde et les chèvres se baladent en liberté. De temps en temps, on voit un berger avec un troupeau.

Après les rizières et la verdure, nous avons traversé le désert, au moins 36 degrés pour nos corps non encore habitués à l'effort, c'était dur. D'autant que nous avons peiné à trouver de la nourriture. Nous nous sommes rabattues vers des sandwichs aux bananes (je n'ai jamais rien mangé d'aussi bon!!!). Nous avons pédalé entre deux rangées de cactus (ceux qui donnent des figues de barbarie), avec le vent dans le nez, histoire de tout bien dessécher. De nombreuses denrées sèchent par terre au bord des routes (tubercules épluchées, crevettes roses, riz, etc.).

Nous roulons depuis deux jours sous les "Hellooooo !" hystériques des enfants qui nous regardent passer avec le sourire, incrédules. Nos vélos attirent beaucoup l'attention. Alors que nous nous arrêtons pour acheter des fruits dans un endroit désert, soudain nous voyons arriver un puis deux puis cinq à dix enfants. Les adultes veulent toucher nos vélos, le guidon, les vitesses, la sonnette et comble de l'interrogation : ma boussole. Souvent ils me demandent de déplier la carte, peut-être n'en ont-ils jamais vue ? Nous avons rencontré Duc après une étape harassante de 100 km à Phan Ri Cua : il nous a accompagné jusqu'à l'hôtel que nous peinons à trouver puis il a tout voulu savoir sur moi : mon âge, ce que je fais, si je suis mariée... Nous avons discuté pendant une heure par guide interposé, dessin et quelques mots d'anglais.
Apres 5 jours de pédalage, nous avons parcouru 400 km. A suivre...

Le 04/01/2007 : le bus

Aujourd'hui, nous étions censées prendre le train pour faire 100 Km avec le vent dans le nez. Seul problème, il n'y a un train qu'à 20h00 et qui arrive à 23h36 dans lequel nous pouvons mettre nos vélos. Galère d'arriver dans une ville que nous ne connaissons pas en pleine nuit (nous ne savons même pas si les hôtels seront encore ouverts). Florence me propose d'aller à la gare routière pour trouver une solution de remplacement. J'ai peur qu'ils mettent les vélos sur le toit d'un bus et que nous les retrouvions en petits bouts à l'arrivée !! Il faut voir comment ils chargent les sacs de maïs, les mobylettes, les motos, les sacs de chaussures, les fruits, les oignons... Avec l'aide du guide de conversation, je montre le mot fragile en vietnamien et une dame qui a l’air d’être la chef et qui fait payer, le chauffeur du bus et le chargeur acceptent de mettre les vélos à l'intérieur du bus. Apres avoir monté nos sacoches que nous comptons soigneusement 1,2,3... 9 (il ne s’agirait pas d'en oublier une!!), ils montent les vélos, les mettent dans l'allée et les attachent avec mon tendeur pour qu'ils ne bougent pas. Nous sommes assises sur des sièges défoncés et mous. J'ai le guidon de mon vélo dans le dos et une dame en face a celui de Florence dans le cou. Visiblement, ça n'a pas l'air de la déranger beaucoup. Nous payons 300 000VND pour deux (soit 15 euros) ce que nous évaluons à 150 fois le prix normal !!! Pour nous, c'est encore un prix acceptable et les vélos sont en sécurité alors tant pis. En réalité, nous sommes montées dans un bus de marchandises, qui avant de partir va s'arrêter au moins 10 fois pour charger des kilos de matériaux (maïs, chaussures, gamelles, fruits, oignons, herbes diverses, éponges, etc.). Ces énormes sacs de plastique tressé sont montés sur le toit, mis à l'arrière du véhicule où il n'y a plus de siège, à l'avant (le chauffeur a même du tasser un sac de riz pour pouvoir passer les vitesses), sur les sièges à l'avant. Bref, partout sauf sur nos vélos qui seront épargnés. Bien que la circulation dans l'allée du bus soit impossible, on prend quand même des passagers tout au long du trajet. Pour regagner leur place assise, les passagers grimpent sur les sièges, sur les sacs de marchandises, sur les vélos, sur les autres passagers !!! Pourtant tout a l'air normal et naturel. Nous quittons enfin la ville après plus d'une heure de chargements divers.

A un moment, tous les rideaux du bus sont tirés et le chargeur se cache. Que se passe-t-il ? Nous ne pouvons qu'émettre des hypothèses parce qu'on ne peut pas dire que l'on comprenne grand-chose. Les marchandises que nous transportons sont-elles interdites ? La police contrôle-t-elle les bus de marchandises ? Nous ne saurons jamais ce qui s'est passé. Le chargeur se relève, les rideaux sont réouverts. A l'entrée de Nha Trang, c’est rebelote, mais pas de chance, nous sommes arrêtés par des policiers. Le chauffeur saute du bus en laissant le moteur allumé ; c'est rassurant, ça veut dire qu'il ne va pas y en avoir pour très longtemps. Effectivement, au bout de 5 minutes, il revient (Florence pense qu'il a payé) et c'est reparti pour un déchargement express de marchandises qui sont jetées du toit sur le bord de la route.

Après 4h30 de voyage pour 100 Km (à peine moins que nous pour une étape en vélo!!), nous sommes débarquées en pleine ville avec toutes nos sacoches et vélos qui ont l'air d'être en état, bien que couverts de poussière. Dans les cheveux, j'ai des bribes d'écorces, des cendres de cigarettes. Quelle galère pour les gens qui font ce boulot de charger et décharger ces énormes sacs qui font entre 40 et 70 kg.

Le 05/01/2007 : une rencontre, Thanh

Apres le bus jusqu'à Nha Trang et la visite de cette ville côtière, nous repartons vaillamment en vélo deux jours plus tard. La sortie de la ville est rude : une côte à 10 pour cent. Les paysages changent, ils sont plus verts, ce vert réconfortant des rizières. Nous longeons la mer et de nombreux bassins ostréicoles et de pisciculture.

La pluie arrive et c'est la première fois. Nous allons pouvoir faire des tests d'étanchéité sur le matériel car une véritable pluie de mousson nous tombe dessus. Pluie et vent font qu'au bout de 70 Km, nous nous arrêtons à Van Gia et nous cherchons à nous loger.

Une guesthouse toute propre et familiale nous accueille. Personne ne parle une autre langue que le vietnamien alors la maîtresse de maison passe un coup de fil pour nous trouver un interlocuteur. Nous rencontrons Thanh, 63 ans, ancien combattant qui parle encore bien le français. Il est sans emploi et donc sans revenu depuis la fin de la guerre, soit une trentaine d'années. C'est sa famille qui l'aide et l'entretient. Au Vietnam, la famille est une entité très importante où les gens s'entraident et se prennent en charge. Il nous dit que nous vivons dans un pays libre où l'on fait ce que l'on veut, où il y a du travail ; que c'est une république. Qu'ici, c'est plus compliqué, beaucoup de gens ne travaillent pas ; que l'égalité homme/femme n'est pas toujours respectée ; que l'on ne peut pas faire ce que l'on veut. Il est surtout intéressé par nos personnes : sommes-nous mariées ? Avons-nous des enfants ? Nos maris sont-ils contents que nous pédalions au Vietnam ? A cette question, je réponds que content n'est pas le mot exact mais que je réalise un rêve d'enfant alors qu' « il » m'a laissée partir. Un peu vertement, il me dit qu'ici, si le mari n'est pas content, la femme ne part pas. D'ailleurs elle ne peut même pas partir une nuit !!

Pour une soirée, nous faisons partie de la famille et c'est difficile de partir le lendemain.

Le 06/01/2007 : 12 Km/h de moyenne

53 Km de pluie, de vent, de bourrasques à manquer de tomber !! C'est presque dangereux quand nous nous retrouvons déportées hors de la bande d'arrêt d'urgence où des gros camions hurlants nous frôlent en nous envoyant des paquets d'eau !! Pourtant, c'est beau. Nous longeons la mer du haut d'une corniche. A 10 Km de notre but, nous jetons l'éponge : nous demandons à un camion qui transporte d'énormes bouteilles de gaz de nous déposer à la prochaine ville. Nous sommes cuites !! Ce jour-là, nous avons fait 12 Km/h de moyenne...

Le 07/01/2007 : le coup de la panne

Hier nous a servi de leçon : pas question de reprendre de tels risques. Nous sommes décidées à prendre le train. Malheureusement, il n'y a pas de train avant 23h qui puisse emporter nos vélos. Nous nous dirigeons vers la gare routière. Nous nous faisons alpaguer très vite par des hommes et un minibus archi-pourri : rouillé et sans amortisseur. Nous nous demandons comment il fait pour rouler encore !! Nous négocions le prix et ils mettent les sacoches dans le coffre. Là où ça se gâte, c'est au moment où ils décident de mettre les vélos sur le toit. Et bien oui, ils les mettraient où  sinon ? Pas de galerie bien sûr : ils sont posés à même le toit enchevêtrés l'un dans l'autre et attachés avec une ficelle !!! Avec les nids de poule et autres travaux, je m'imagine déjà en train de ramasser mon beau vélo tout déglingué, atomisé par la chute. Nous démarrons... dans le mauvais sens. Puis nous comprenons, nous sommes les premières et il ne partira dans le bon sens que lorsqu'il sera plein. Nous voilà donc parties à faire le tour de la ville une fois, deux fois, dix fois jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de place pour mettre une poule. Nous sommes 16 sur 3 banquettes !! Arrivées à mi-parcours, nous ne sommes plus que deux. Le chauffeur coupe le contact dans une descente, fait mine de ne pas redémarrer, redémarre en seconde pour finalement s'arrêter une centaine de mètres plus loin. Il nous montre le moteur, il est en train de nous faire le coup de la panne. Bonheur ! Avec l'aide d’un autre chauffeur, c'est parti pour le transfert des bagages et des vélos !!!

170 Km de rizières, de montagnes, de vent, de pluie, de boue, de poules, de buffles, d'enfants, de vélos, de commerces, de mer, de nids de poule, de travaux plus loin… Nous arrivons éreintées, en ayant plus mal aux fesses que d'avoir pédalé ! Je culpabilise de faire du bus alors que je suis venue ici pour faire du vélo.

Le 08/01/2007 : le matériel est étanche

Ah, cette fameuse mousson du centre !! A vous faire oublier que la veille, vous avez lâchement posé vos vélos sur le toit d'un minibus. Sous la pluie, adieu culpabilité. Pluie fine pour commencer la journée et après 25 Km, pluie torrentielle jusqu'à la fin…

Les 09-10-11/01/2007 : Hoi An

Peu de vélo et beaucoup de tourisme, notamment dans la belle cité de Hoi An avec dégustation de spécialités comme le Cao Lau : nouille plate de riz, croûtons, légumes verts et émincé de porc avec une crêpe de riz émiettée. Hoi An est la cité de la confection : tu choisis ton tissu et ils te confectionnent absolument tout ce que tu veux sur mesure. Il y a 350 boutiques de confection dans cette ville, c'est énorme !

Le 12/01/2007 : crachin breton

Passage du col de la mer de nuage qui porte bien son nom : nuage, brouillard et pluie au col. Montée de 10 pour cent sur 10 Km... Au col, nous nous faisons littéralement jeter du vélo par des vendeurs et vendeuses de thé, café, snickers, cartes postales. Nous jouons le jeu, ça fait du bien de se poser et se réchauffer un peu avant la descente. Etape à Lang Co, petite station balnéaire. Hôtel les pieds dans l'eau, chambre avec vue sur la mer et crachin breton !

Le 14/01/2007 : visite de Hué

Hué est une ancienne cité impériale des Nguyen où les empereurs de la dynastie se sont fait construire leurs tombeaux. Nous avons donc profité de cette journée de repos pour en visiter quelques uns. Vers 8h, nous sommes parties en bateau sur la rivière des parfums pour atteindre les sites touristiques. Et oui, une fois n’est pas coutume, nous faisons du tourisme. Cela repose : pas de décision à prendre, nous nous laissons bercer.

Note première halte est à la pagode de Thien Mu haute de 7 étages, chiffre symbolique dans la religion bouddhiste. Cette pagode est l’un des emblèmes du Vietnam. Je vous laisse découvrir les photos.

Notre deuxième halte est au temple Tu Duc. Les temples sont généralement composés de 5 parties :

- un pavillon abritant une stèle de marbre où sont gravés les accomplissements de l’empereur, en général rédigés par le successeur du défunt. Dans le cas de Tu Duc, l’empereur les a rédigés lui-même (on n’est jamais mieux servi que par soit même) ;

- un temple avec des autels et des objets de la vie quotidienne ;

- une cour d’honneur pavée de briques avec des éléphants, des mandarins civils et militaires en statue de pierre ;

- un étang recouvert de fleurs de lotus ;

- le tombeau installé dans une enceinte carrée ou circulaire.

Dans le cas de Tu Duc, on ne sait pas réellement où repose sa dépouille  parée de bijoux et d’offrandes car pour préserver le secret, les 200 serviteurs chargés des funérailles ont été décapités. Tu Duc avait 104 femmes et de nombreuses concubines, mais pas de descendance. On dit qu’il était devenu stérile après avoir attrapé la petite vérole.

Le repas, aujourd’hui, a été servi sur le bateau. C’était presque comme de vraies vacances !

Les 15-16/01/2007 : les tunnels de Vinh Moc

Nous avalons nos 71 Km à 19 Km/h de moyenne jusqu’à Dong Ha, un peu au sud de la zone démilitarisée. Cette zone frontière entre le sud et le nord était censée être démilitarisée ; en réalité, elle a été la plus bombardée pendant la guerre avec les américains.

Nous visitons les tunnels de Vinh Moc. Des villageois ont creusé des galeries pendant 18 mois pour s’y réfugier lors des bombardements. 350 villageois y ont vécu 5 ans. Il y avait même une maternité qui a vu la naissance de 17enfants. La vie était très organisée ; sous terre, il y avait des concerts, des réunions de guerre, etc. 7 entrées/sorties donnaient sur la mer et permettaient le ravitaillement (en armes, en nourriture). C’est assez impressionnant d’être dans ces minuscules tunnels de 1,50 m de haut, très sombres. Nous nous demandons comment ils ont fait pour vivre à l’intérieur sur 3 niveaux (entre 15 et 26 mètres de profondeur) pendant 5 ans !

Les 17-18/01/2007 : jusqu’à Hanoi

Aujourd’hui, nous allons vivre une nouvelle expérience. Florence repartant le 23, nous devons regagner Hanoi et nous optons pour le train. Nous peinons à acheter un billet ; le seul train qui peut prendre nos vélos part à 13h00 et arrive à 3h30 le lendemain matin. C’est folklorique ! La guichetière nous fait un billet en 3 exemplaires avec papier carbone ; nos vélos ont aussi droit à leur ticket, mais que l’on ne paiera que le lendemain. Nous arrivons à la gare avec une heure d’avance et un peu d’appréhension. Les vélos sont chargés dans le dernier wagon avec les objets encombrants. Nous montons dans notre wagon pour rejoindre un compartiment avec 6 couchettes. Elles sont plutôt dures et les draps pas très propres. La nuit va être longue ! Nous nous occupons comme nous le pouvons : musique, lecture, photos, et à 17h, on nous sert un repas, comme dans les avions. Vers 20h, nous nous couchons, mais nous sommes sans arrêt dérangées par des gens qui rentrent et sortent du compartiment, fument une cigarette, allument la lumière, passent un coup de téléphone, etc. Finalement, nous arrivons à Hanoi épuisées ! Et nous ne sommes pas au bout de nos peines puisque nous devrons attendre nos vélos jusqu’à 6h, et il est 3h30 ! Commence une longue attente. Nous sommes assises sur un carton sur le quai de la gare. Il fait froid, 5° de moins que la veille. Nous finissons enfin par récupérer les vélos. Quelle journée et quelle nuit éprouvantes !

L’arrivée à Hanoi est épique, mais nous avons un point de chute : François travaille et vit à l’ambassade. A 6h30, il nous accueille et nous offre un thé brûlant. C’est bien d’être au chaud, de parler français et de se faire prendre en charge après la nuit que nous venons de passer. Il nous présente sa femme, Christelle. Il nous propose de nous loger. Nous hésitons à peine ; j’ai au moins 8 jours à passer à Hanoi, le temps de récupérer mon visa chinois. La possibilité de faire une lessive, de prendre une douche bien chaude et de poser nos valises sans se prendre la tête pendant une semaine est une idée réjouissante. Il nous organise même un séjour de deux jours sur un bateau, sur la baie d’Along.

Les 19-20/01/2007 : la baie d’Along

C’est magique, comme dans les films. Des pins de sucre dans l’eau salée. Le bateau qui nous transporte est tout en bois sur 3 niveaux : un salon de bronzage pour l’été (là, évidemment, il fait gris et froid), une salle à manger et les cabines. La baie est composée de 300 îlots. Selon la légende, la montagne aurait abrité un dragon qui courant un jour vers la mer créa des vallées et des crevasses avec les battements de sa queue ; quand il plongea dans l’eau, les crevasses se remplirent, ne laissant que les îlots émergés.

Après une nuit sur le bateau, le lendemain, nous visitons un village flottant avec une école, un marché, une capitainerie. C’est difficile de décrire la beauté des paysages, je vous laisse découvrir quelques photos.

Au retour, nous rencontrons une famille du Colorado qui vit à Delhi en Inde ; ils sont professeurs de physique et de chimie au lycée international où vont également leurs trois enfants. Nous discutons à bâtons rompus de politique (Ségolène Royal les a séduit et ils trouvent Nicolas Sarkozy très conservateur…), de l’hygiène alimentaire dans les différents pays, l’enseignement, etc. Une belle rencontre.

Le 22/01/2007 : visite d’une école à Hanoi

Il y a 2500 élèves dans cette école à la cour carrée où la gymnastique se fait à la militaire et au sifflet. Les élèves sont entre 25 et 45 par classe, suivant la 2ème langue qu’ils ont choisie. Les classes de français sont les moins peuplées et plus les enfants sont nombreux et plus ils sont calmes et silencieux. Du coup, les élèves des deux classes de français que j’ai visitées étaient hyper agités et bruyants. Un meneur de classe dit « bonjour, Madame » et tous les autres reprennent en cœur en inclinant le buste. Les questions qu’ils m’ont posées étaient simples : quel âge j’ai, ce que j’aime et ce que je déteste, ce que je fais comme travail, etc. La barrière de la langue nous gène mais le professeur est là pour nous aider. De temps en temps, lorsqu’il y a trop de bruit, un des élèves crie « silence ». Après le temps des questions est venu le temps des chansons ; ils sont fiers de nous présenter leur petit spectacle de chansons françaises comme « vive le vent ». Au même moment, c’est la récréation pour 2000 élèves dans une minuscule cour ; c’est impressionnant ! Les élèves sont à l’école de 7h30 à 11h et de 13h45 à 16h00. Dans cet établissement, les élèves ne sont pas en uniforme.

La notion d’écologie n’est pas un thème abordé en classe bien qu’ils fassent des sciences naturelles. C’est vers 15/16 ans qu’ils sont sensibilisés à ces notions et qu’ils font des expériences de reboisement. Je leur laisse des feuilles afin qu’ils puissent dessiner. Nous faisons une photo de classe. Le professeur me raconte que dans les campagnes, les enfants sont tellement nombreux que dans certaines écoles, ils ne peuvent aller à l’école que le matin ou alors l’après midi en alternance…

Du 18 au 30 /01/2007 : Hanoi

Je suis restée à Hanoi 12 jours dans l'attente d'un visa chinois de plus d'un mois. J'ai épuisé deux agences, la troisième aura été la bonne. Il devait avoir un bon contact à l'ambassade car soudain tout s'ouvre et il me délivre un visa Chinois touristique de trois mois. C'est quand même mieux et plus adapté pour faire plus de 3500 Km !
Heureusement, Hanoi est une ville agréable et animée. Il y a de multiples lacs et les 36 rues qui composent son centre sont très intéressantes. Historiquement, dans chaque rue était développé un métier artisanal ; ainsi, il y a la rue de la soie, de la mercerie, de la zinguerie, du vélo, des chaussures, des cadres, de l'électricité, des lunettes... Hanoi, comme Hô-Chi-Minh-Ville, grouille de monde, bruit assourdissant et la pollution est omniprésente. La circulation est encore plus folle car il y a de nombreuses voitures. Heureusement, les parcs sont reposants avec des jeux pour enfants comme chez nous. Finalement, je passe beaucoup de temps à m'occuper de ce visa et peu à visiter la ville...

Du 31/01 au 01/02/2007 : derniers jours au Vietnam

Evidemment le lendemain de la délivrance de mon visa, je suis repartie sur les routes. Cela a été un peu difficile de quitter Christelle, François et Capucine qui m'ont si bien accueilli et aidé dans mes démarches, mais il faut repartir, se remettre en route et aller de l'avant. Je suis donc seule depuis 2 jours, ça laisse le temps de cogiter. Je commence à parler toute seule ! En deux jours, j'ai fait 160 Km et ce soir est mon dernier soir au Vietnam. La route se redresse et en plus un vilain vent du nord me freine.

Je vis des situations cocasses. Pour le petit déjeuner de 8h après 1h30 de pédalage, je m'arrête comme tous les matins pour manger ma soupe Pho. Je montre à une jeune femme que je veux la même chose que les messieurs qui sont à coté (je n'ai plus de guide de conversation, je l'ai laissé à Florence pour m'alléger). Ils sont morts de rire et pour m'accueillir veulent m'offrir une tournée d'alcool. Je décline, c'est trop tôt pour moi !!! Un peu plus loin, je voulais acheter des bananes sur la route. J'essaye d’expliquer aux femmes qui vendaient des régimes, que je n'en veux que 3. Mais impossible de leur faire détailler leur régime ; du coup, je suis repartie avec 15 bananes. Heureusement, elles sont délicieuses et j'en ai mangé 8 ; les autres seront pour le petit déjeuner de demain. C'est lourd dans les côtes avec le vent !
Je vais quitter ce beau pays avec une pointe de regret et d'appréhension pour la suite...
Vous pourrez à nouveau me lire dans le journal sur la chine : au pays du Yin et du Yang.

Bilan :

Les Vietnamiens sont 83 millions dont 53 ethnies dans un pays très long puisque entre Hanoi (la capitale) et Ho Chi Min Ville, il y a 1700 km.
L’organisation familiale de type patriarcal accorde une grande importance à la place de chacun. Ainsi ce sont les grands parents qui s’occupent des petits enfants et la mère s’occupe de ses beaux-parents. Tout le monde vit sous le même toit, dans des espaces très réduits. On m’a souvent demandé mon âge. Ce que je prenais pour de la curiosité est en fait la recherche du positionnement : ainsi, si la personne qui s’adresse à vous est plus âgée, elle dira « em » (petite sœur ou frère) et si elle est plus jeune, elle dira « anh » (grand frère) ou « chi » (grande sœur). La femme a pour rôle de tenir la maison, c’est elle qui se lève en premier pour préparer le petit déjeuner (soupe pho) et le déjeuner que chacun emporte avec soi (s’il n’a pas la possibilité de rentrer manger le midi). En plus, elle accomplit souvent des taches très difficiles : travaux des champs, maçonnerie…
Mis à part les minorités qui vivent dans des cabanes sur pilotis, les autres vivent dans des « maisons-tubes » : elles ont des façades minuscules entre 2 et 4 m (pour payer moins d’impôt lié à la largeur de la façade) et sont sur deux niveaux. Au rez-de-chaussée, la pièce de façade sert de boutique, de garage à vélos et à motos, et à l’arrière, on trouve l’habitation et l’autel pour célébrer les ancêtres.
Bien que la solidarité soit de mise dans les familles très hiérarchisées, il semble par ailleurs que chacun vive à côté de l’autre sans même le voir. Ainsi dans les rues, c’est le plus gros qui passe même s’il doit écraser le plus petit pour cela (souvent un piéton ou un cycliste).
Le coût de la vie est bas, un vietnamien gagne environ 100$ ( 76€ ) par mois et dans les campagnes 60 ( 45€ ) à 80$ ( 60€ ). Bien sur, nous n’avons pas pu voir le réel coût de la vie car il existe 2 tarifs : celui pour les vietnamiens et celui pour les étrangers ! Globalement quand nous mangions dans la rue, ça nous coûtait entre 1 et 3 euros pour 2 et au restaurant entre 5 et 10 euros pour 2. La nourriture est savoureuse et variée. Nos préférences allaient le matin pour une soupe pho (soupe de nouilles de riz avec du bœuf ou du poulet et des herbes) et le soir pour un plat de riz avec de la viande de porc/poulet/bœuf avec une soupe de légumes. Au restaurant, on a mangé une fondue où l’on plonge poisson, viande, légumes et pâtes dans un bouillon. Un régal !
Le thé est un moment important : ils boivent le thé vert très âpre dans une minuscule tasse. Difficile de décrire ici toutes les spécialités car le Vietnam est un grand pays et comme en France, les régions ont chacune leurs spécialités culinaires.
Comme vous avez pu le lire, les motos sont très (trop ?) nombreuses et polluantes. Il n’y a quasiment pas de voitures et pour cause, elles sont surtaxées : une voiture de 20.000 euros coûtent 90.000 euros au Vietnam !!!
Pour l’écologie, il semble pour l’instant que ce ne soit pas leur priorité. Rien n’est fait dans l’éducation des plus jeunes, on ne commence à parler d’écologie que vers 15 ou 16 ans dans des cours spécialisés. Les papiers sont jetés par terre (d’ailleurs tout est jeté par terre) et il n’y a pas de tri pour le recyclage qui n’est pas fait à la source par les habitants. Par contre des personnes sont payées pour faire le tri après. De même que des gens balayent les rues toute la journée. A Hanoi, il y a quand même quelques poubelles mais elles sont utilisées essentiellement par les touristes !!! Ailleurs, elles sont volées pour être revendues au recyclage par les plus pauvres !!! La pollution de l’air dans les grandes villes est très gênante (poussière, odeur…) générée essentiellement par les 2 roues motorisées. L’eau n’est pas tellement mieux, bien que je ne sache pas s’ils utilisent des engrais chimiques pour leur culture.
L’enseignement est fait en trois niveaux :
- le premier, de 6 à 10 ans
- le deuxième, de 11 à 16 ans
- le troisième, de 16 à 18 ans sanctionné par le baccalauréat.
Les langues sont enseignées dès le plus jeune âge.
Les sports principaux sont le badminton (on trouve des terrains peints sur les trottoirs, dans les parcs, avec des cours collectifs, bref, partout ; toute la journée des gens jouent sur ces terrains), le foot (à tout âge, ils jouent pieds nus sur le bitume, dès la journée terminée), le tai-chi dans les parcs (surtout le matin de bonne heure), l’aérobic le matin avec la musique techno à fond en cours collectifs, le billard (au bord des routes, dans les campagnes même les plus reculées, on a vu des tables avec des enfants qui jouaient à peine plus haut que la table !!!)

Voila il est l’heure pour moi de passer en Chine, le choc culturel va être violent, d’autant que je suis seule à présent…