Le 22 mai 2007 : Bilan de la Chine

 

Il est l'heure pour moi de faire le bilan de ces 4200 Km parcourus en Chine. Mon voyage n'est pas terminé mais ce pays restera sans nul doute un pays coup de coeur ; un pays où tout est encore possible car les règles, lois et autres normes ne semblent pas être aussi contraignantes qu’en Europe et permettent la débrouillardise et le bricolage pour vivre. Certes, tout n'est pas rose et tout ne va pas bien, loin de là. La pauvreté est encore bien souvent le lot de nombreux foyers, mais chacun arrive plus ou moins à se débrouiller grâce à une structure familiale forte au sein de laquelle tout se règle. Tous les petits métiers possibles et imaginables existent. Les chinois sont tellement nombreux mais aussi et heureusement pour eux, très inventifs. Dans les salons de coiffures, ils sont 15 ; certains balayent et nettoient les cheveux des clients, d'autres encaissent, d'autres accueillent. Dans les bus, certains sont à l'arrêt pour faire monter et descendre en bon ordre les passagers, il y a le chauffeur et le contrôleur qui vend les billets ou vérifie que les cartes sont bien débitées. Aux caisses des magasins, elles sont 2 ou 3, une qui encaisse et les autres qui emballent. Dans les grandes villes, au feu rouge, il y a aussi les agents de la circulation qui sont censés gérer les cyclistes (nombreux!) et les piétons. Les exemples sont nombreux. Malgré tout, on voit aussi des ouvriers de tous les corps de métier qui sont assis sur les bords des trottoirs attendant avec leur pancarte et leurs outils que quelqu'un les embauche pour 2 heures ou deux mois !
La Chine, c'est aussi des paysages très variés, des terres de plus en plus cultivées à mesure que l'on descend vers le sud, de plus en plus sèches lorsque l'on remonte vers le nord. Des visages différents aussi : les chinois du sud ne ressemblent pas au chinois du nord ; par exemple au sud, ils sont plus petits. La nourriture est très diversifiée à base de riz dans le sud et de nouilles étirées à la main dans le nord (cela dit, on trouve quand même du riz dans le nord et du millet aussi).

Devant tant de diversité, un résumé est difficile à faire car il serait forcement réducteur.
Les gens que j’ai rencontrés ont toujours été aimables, accueillants et surtout curieux après avoir été tout d'abord méfiants. Normal, j'étais un peu une extra-terrestre avec mon vélo chargé pour faire du tourisme, alors que pour eux, il est chargé pour travailler.
La police est omniprésente ; dans le moindre village, il y a une caserne... Cela dit lors de mon trajet dans le bus vers la frontière mongole, au péage, des policiers se sont mis en rang pour marcher au pas et quitter le péage pour rejoindre leur caserne située à quelques pas. Cela a fait rire pas mal de gens dans le car. J'ai trouvé cela positif et plein d'espoir...

Pour l'aspect environnemental de mon voyage :
Dans les écoles, élèves et professeurs sont très préoccupés par les jeux olympiques et assez peu par l'environnement qui est enseigné malgré tout, mais c'est surtout une découverte de la nature qu'ils font. Ils ont pourtant bien conscience de la gravité de la situation mais ça s'arrête pour l'instant là. Nul doute que c'est une première étape nécessaire.
Le bord des routes peut être comparé à une poubelle. Les sacs plastiques omniprésents dans la vie des chinois se retrouvent dans la nature, dans les arbres (il y en a partout, même dans les steppes de la Mongolie intérieure). Les femmes font leur lessive dans les rivières dans les campagnes en utilisant les détergents classiques et très polluants (comment faire autrement lorsqu'on est pauvre).
Mais on peut aussi voir des gens avec leur carriole qui ramassent les déchets triés des poubelles des bords de route et se signalent aux habitants en criant ou en tapant sur une petit casserole en zinc. Apres quoi, ils vendent leur marchandise au poids aux recycleurs, qui eux-mêmes le revendent aux usines qui recyclent. Le système semble assez bien fonctionner (sauf pour les sacs plastiques) et fait vivre des milliers de personnes. Dans les villes, peu de poubelles sont installées mais des balayeurs sont là et inlassablement ramassent les déchets laissés partout par les chinois. Les rues sont ainsi toujours propres.
Pour les autres types de pollution, c'est assez difficile d’en parler. L'air des villes est assez opaque notamment à Wuhan et à Pékin, mais le vent de mai permet à l’air d’être relativement sain lorsque la poussière ne vole pas partout.

Voila en très gros la Chine. J’ai écrit 80 pages dans mon journal de bord, alors ce bilan est tout sauf exhaustif...

Et maintenant, des impressions sur les odeurs de la Chine senties sur les bords de ma route :
- fraises et ananas et autres fruits ;
- douce et sucrée de la canne à sucre fraîchement coupée ;
- foin ;
- de la ferme quand on passe à côté des buffles ;
- d'un feu d'herbe sur le bord de la route ;
- d'une poubelle qui brûle ;
- de déchets en décomposition (c'était terrible parfois!) ;
- écœurante de la viande fraîche sur des étales ;
- de barbecue de marchés de nuit (hum !!) ;
- de poussière ;
- d'excréments en train de sécher pour faire de l'engrais ;
- d'animaux : moutons, chèvres, vaches, poules...

Et mes coups de coeur :
- Wuhan pour sa ballade avec Yeyu, ses bords du Yantze aménagés ;
- Guilin et Yangshuo pour ses pitons karstiques ;
- la province du Guangxi (mais peut-être est-ce parce que c'était ma première province chinoise?) ;
- Kaifeng et Zhengding pour leurs aspects historiques ;
- les montagnes à l'ouest de Pékin ;
- Pékin pour sa douceur et la Grande Muraille.  

 

Le 11 mai 2007 : Mongolie intérieure, Jining, suite et fin, hélas...

 

Mon voyage en Chine s'est brutalement interrompu à 60 Km de Jining après avoir rencontré des policiers courtois mais fermes...
Apres 60 km contre 50 km/h de vent, je m'étais arrêtée dans une petite ville (impossible d’en dire le nom, je n'ai que celui en Chinois!). J’avais trouvé un hôtel propre et j'étais au supermarché pour acheter du ravitaillement quand ils sont apparus, carte à la main "hello we are policeman". Oui et alors… ?
... Alors l'un d’eux a voulu voir mon passeport. J'avais les mains prises avec mes pâtes, gâteaux et fruits divers. Il voulait mon passeport. Et bien soit !  Il a hérité de mes provisions que je lui ai collées d'autorité entre les mains pour pouvoir lui tendre mon passeport.
... Alors l'autre a voulu savoir si j'avais un appareil photo.
... Alors ils ont voulu savoir où je logeais. Je les ai emmenés jusqu'à mon hôtel où ils se sont installés dans ma chambre.
Vu que leur anglais était insuffisant, ils ont fait venir deux jeunes qui parlaient mieux anglais que moi (ce n’était pas très difficile!!). Ils ont voulu visionner les photos, voir mes cartes routières, tout juste s'ils n'ont pas fouillé mes sacoches. Dommage, car j'avais mis des chaussettes sales sur le dessus !!
Finalement, ils m'ont expliquée que la route que j'avais prise était fermée et interdite aux étrangers, qu'il y avait des soldats et que c'était dangereux pour moi (mon oeil!!). Mais en plus, ils ont décrété que je ne pouvais pas rester dans cette ville, elle aussi fermée et que je devais repartir maintenant à Jining. A ce moment là, j'ai fait gloups. J'ai demandé le remboursement de l'hôtel et au lieu des 70Y que j'avais payés, ils ont tenté de m'en rendre 50 car j’avais passé une heure dans la chambre. Mais je ne me suis pas laissée faire et j’ai obtenu le remboursement complet de la somme (étrangers ne veut pas dire crétin, non mais!). Finalement, ils ont appelé un bus qui est venu me chercher. Le chauffeur a mis le vélo sur le toit. J'ai du payer presque le prix d'une place pour le vélo ! C'était la journée galère et arnaque... En 1h30, je me suis retrouvée au point de départ. J'ai repris le même hôtel ; d’ailleurs, je n'ai même pas eu besoin de sortir mon passeport pour l'enregistrement. J'étais partie à 6h30, ils m'ont vu revenir à 18h30 ; je crois que les gens de l’hôtel ont halluciné. J'ai vaguement tenté de leur expliquer ma mésaventure avec mon guide de conversation. Ils m'ont plainte sincèrement mais ne m'ont pas pour autant fait un prix!!
Je savais en prenant cette route que je prenais un risque. Certains l'ont prise et n'ont eu aucun problème. Je pensais que la Chine s'était un peu ouverte avec l'arrivée des JO mais visiblement c'est une zone très militarisée, d'armement et d'essais nucléaires... Visiblement je m'en sors bien et mon retour est un moindre mal car j’ai lu sur internet que certains auraient été emprisonnés une ou deux nuits avec des peines d'amendes. Il faudra donc que je parcoure les 320 Km qui me sépare de la frontière en bus. C'est assez triste de quitter la Chine comme cela mais ce que j’ai vécu ces derniers jours est assez révélateur.
Je suis donc clouée à Jining pour 8 jours et peu de choses à faire. Je vais en profiter pour aller visiter Hohhot... en bus (me l'a-t-on bien précisé!). Super simple de se faire expliquer les modalités pour y aller en Chinois... Enfin j'aime toujours autant les chinois !

 

Le 10 mai 2007 : Mongolie intérieure

 

Ce n'est déjà plus la Chine et pas encore la République de la Mongolie. La Mongolie intérieure est un plateau semi désertique entre 1200 et 1700 mètres d'altitude, balayé par les vents. Des arbres et des arbustes sont plantés pour tenter de stopper le désert. Sur cette terre de tous les contrastes, la température passe de 35 à 15 degrés en quelques heures en pleine journée. Les écritures dans les villes sont bilingues : chinois et ouïghour et on mange déjà beaucoup de mouton. Mes repères chinois sont perturbés car jusqu'à Pékin, les gens vivent dehors avec des étales de nourriture, des stands de réparations en tout genre... Là, vu la rudesse du climat, tout est à l'intérieur, et il n'est pas toujours simple de s'y retrouver. Les gens ne comprennent plus les quelques mots de chinois que je connais. Heureusement, l'écriture chinoise est lue et comprise à peu près partout ; donc je ressorts mon guide de conversation et je montre ce que je veux dire. Vive les dialectes !
Une constante, l'accueil est toujours aussi chaleureux et les habitants sont toujours curieux de ce que je fais là et de qui je suis. Le vent qui souffle selon les jours en tempête est omniprésent. A Jining, après une matinée à 35 degrés, le vent se met à souffler en tempête soulevant la poussière et le sable des rues. Les rues se vident, les vélos tombent en cascade, les rares personnes qui restent dehors portent des masques. Quelques heures plus tard, c'est terminé ; la vie reprend son cours. Il est 15h et la température est tombée à 15 degrés. Les magasins ouvrent de nouveau leurs portes ; les vendeurs et vendeuses balayent la poussière et le sable qui se sont engouffrés. Rien de plus normal visiblement.
La campagne est très pauvre ; des troupeaux paissent ici et là. Sur les bords de la G110 en travaux, des maisons vides, abandonnées aux vitres cassées.
Les couleurs sont uniformes par ici : ocre, sable, terre. Les rivières sont à sec, je passe sur des ponts par dessus du sable. Des dunes par endroit grignotent les maisons abandonnées.
En dehors de cette rudesse et de cette pauvreté, la Mongolie intérieure accueille toutes les industries les plus polluantes de Chine et d'ailleurs !

 

Spécial JO 2008 - Pékin

 

La cérémonie d'ouverture aura lieu le 8 août 2008 à 8h du soir. Le 8 est le symbole de la prospérité dans la culture chinoise et les couples choisissent souvent de se marier à une date comprenant le 8. Les JO sont pour cette ville symbole de modernisation mais aussi de destruction du passé comme nous l'avons vu avec les Hutongs.
Que de symboles ! 5 mascottes représentent les 5 couleurs des anneaux olympiques. Pas une, comme c'est habituellement le cas, non 5 ! Bien sur, c'est dans la culture chinoise de transmettre des souhaits et de s'exprimer au moyen de signes et de symboles. En dehors de cela, l’impact marketing est énorme. A tous les coins de rue, on trouve des magasins qui vendent des souvenirs à l'effigie des Jo : théières, baguettes, casquettes, tee-shirts, crayons, peluches, médailles, pin's, sac à dos, vêtement, verres, etc.
A de nombreux endroits, des horloges géantes décomptent les jours, heures, minutes, secondes qu'il reste avant l'ouverture des jeux. Ils ont bien raison d'en profiter avant car souvent il ne reste que des dettes après (je suis pessimiste et mauvaise langue, penseront certains).
Aux arrêts de bus, des gens habillés en jaune avec des drapeaux rouges éduquent les pékinois à faire la queue pour monter dans le bus en ordre sans bousculades et après avoir laissé descendre les autres.
La ville au nord, vers le parc olympique, est un gigantesque chantier ouvert 24h/24 ; beaucoup de poussière et ça bosse dur. Des préfabriqués ont été installés pour loger les ouvriers. Le stade de 91000 places et la piscine sont en cours de construction. Les travaux avancent très vite. Tout autour, des dizaines d'immeubles sont aussi en construction, mais aussi des routes, deux lignes de métro. Toutes les installations sportives de cette ville sont en rénovation. Cela occasionne sans doute des dépenses énormes mais des emplois sont créés, momentanément...
A une de mes connaissances Pékinoises, on a proposé 300 dollars par nuit pour loger des journalistes. Ca va être complètement fou Pékin ! A mon avis, mis à part pour les jeux, il ne faudra pas y aller en vacances durant cette période.
Leur logo est plutôt sympa ; ils l'ont appelé Beijing en dansant. Il transmet des "souhaits de bonheur et le sentiment d'amitié profonde de la Chine envers le monde entier". Que de symboles encore ! Il est rouge, couleur préférée des chinois, couleur du bonheur, de la vitalité et aussi du parti communiste ! Leur slogan : "one world, one dream" (un monde, un rêve) incarne l'esprit olympique.
Ca s'annonce donc parfait comme tout ce qu'ils entreprennent. Seul bémol, la France, enfin Ségolène Royal, veut boycotter les jeux pour cause économique... A suivre !

 

Le 1er mai 2007 : Route G110 en direction de la Mongolie intérieure

 

C'est reparti après plus de 3 semaines d'arrêt à Pékin pour cause de demande de visa et de prolongation. Je suis à 170 Km de Pékin, très en avance sur mon planning car je ne peux rentrer en Mongolie qu’à partir du 22 mai (toujours à cause de mon visa russe que j'ai pris beaucoup trop tard) dans un minuscule village de la province de l'Hebei, dont je ne connais même pas le nom. Ma chambre est spartiate mais j’ai un lit propre. J'ai même pu prendre une douche froide mais une douche malgré tout pour éliminer la poussière de charbon que je respire en ce moment tous les jours sur la route. Ca vous donne une idée de la pollution en Chine. D'ailleurs, les personnes de l'auberge du bord de la route qui m'ont accueilli étaient écroulées de rire. En me regardant dans mon rétroviseur, je me suis rendue compte que j'avais le visage plus noir que rose!!
J'ai donc retrouvé la route, le bruit, la pollution, les klaxons mais aussi la sympathie des chinois dans les petites villes et villages. J'ai retrouvé aussi le langage de sourds (il n'y a vraiment qu'à pékin que les gens parlent 3 mots d'anglais, cela dit je n'en parle pas plus!!!) où l'on a du mal à se comprendre mais une fois le lien fait et la complicité mise en route, on peut se parler chacun dans notre langue et se comprendre (grâce aussi aux quelques mots de mon guide).

 

A partir du 5 avril 2007 : Pékin


Pékin, Pékin, Pékin... C'était un de mes premiers grands objectifs et j'y suis finalement arrivée après avoir pris malencontreusement l'autoroute sur laquelle il n'y avait pas de bande d'arrêt d'urgence contrairement aux routes nationales... Grosses frayeurs pendant une grosse demi-heure et puis je m’en suis sortie, ouf !
Pékin est une ville aux mille visages, où se côtoient modernité et tradition encore plus que dans les autres grosses villes modernes chinoises. La ville est obnubilée par les JO et détruit les Hutongs (maisons traditionnelles) pour construire des tours (pour faire bonne figure ?). Certes, les Hutongs sont dépourvues de confort, de toilettes et souvent d'eau chaude, et les chinois sont de plus en plus nombreux, il faut donc loger tout le monde. Mais c'est étrange et cela fait mal au coeur de voir ce patrimoine historique détruit.

 

Les Hutongs sont des petites constructions en brique d'un étage autour d’une cour carrée minuscule, ce qui suppose de bien s'entendre avec ses voisins. Les toits sont légèrement arrondis, très beaux. Dans ces îlots de résistance au milieu des tours, grouille la vie. Des petits marchands vendent de tout (brochettes, épicerie, vendeurs de journaux, réparateurs de vélo, restaurants, soudeurs, monteurs de vitres en plastique....). Des gens se baladent en pyjama pour aller aux toilettes publiques. Des enfants jouent au ballon dans des ruelles minuscules ou font du vélo. Des marchés s'installent et c'est à qui criera le plus fort pour vendre ses fruits, ses légumes, ses « dumplings », ses CD piratés... Les papis jouent au ma-jong, les mamies aux cartes. Du linge sèche... La vie a l'air libre quoi !

 

Les tours, toutes plus hautes les unes que les autres, sont construites sur d'anciens quartiers à Hutongs rasés, vitrine de la chine moderne où se côtoient habitations, bureaux et galeries marchandes luxueuses où l'on retrouve toutes les grandes marques internationales (avec la mondialisation, on pourra bientôt aller à Pékin, Moscou, New York, Bogota, Paris et y voir, hélas, la même chose). Heureusement qu'il reste quelques Hutongs et que l'on croise des chinois, sinon on pourrait se croire partout et nulle part...

 

Dans les parcs, c'est merveilleux. Des appareils sportifs (comme dans une salle de musculation) ont été installés par la loterie sportive chinoise et à toute heure, des gens font du sport en plein air, surtout des gens âgés qui s'étirent et mobilisent leurs articulations. Il y a aussi des danses de salon à 7 heures du matin avec musique et pas très loin de l’aérobic avec de la musique techno à fond. Cela fait un curieux mélange. Plus tard, dans la journée, s’installent les joueurs de cartes, les amateurs de cerfs-volants (plus souvent des personnes âgées que des jeunes d'ailleurs), les gens qui jouent d'un instrument de musique et qui viennent s'exercer. J'ai aussi assisté à un cours de jeu de raquettes où chacun a une raquette constituée d’un tamis en cuir souple et une balle remplie de sable. Le but est que la balle reste sur le tamis sans tomber dans une sorte de danse mobilisant les articulations des bras et des épaules. J'ai essayé, cela avait l'air facile et c'est très beau. En réalité, c'est difficile et fatiguant !! J'ai participé à un cours bizarre où il fallait applaudir ou se frapper légèrement certaines parties du corps en répétant 4 phrases inlassablement. C'était étrange ; ma voisine était comme en transe...
Et puis, j'ai découvert le shuttlecock : un espèce de volant avec des grandes plumes. On y joue à plusieurs en cercle avec le pied, à se faire des passes. Là aussi, cela paraissait simple, mais cela demande une grande agilité et mobilité des articulations. Je vais en emporter un dans mes bagages pour jouer avec les enfants des pays qu'il me reste à traverser. Ce jeu existe au Vietnam, mais ce sont plutôt les jeunes qui y jouent sur 2 mètres carré de trottoir.
Au parc Ritan, on peut louer une canne à pêche pour pêcher des poissons rouges !!
Bref, les parcs sont des endroits zen et plein de vie où les chinois bougent, jouent (ils semblent très joueurs), se reposent. Ce sont d'ailleurs les rares endroits où il y a des bancs pour s'asseoir. C'est une des rares choses qui m'a manqué en chine, les bancs sont inexistants et inutiles : les chinois sont toujours en mouvement ou assis sur leurs talons. Parfois, ils dorment, sur la plateforme de leur tricycle après avoir enlevé leurs chaussures et les avoir attachées à leur poignet, ou aux abords des gares allongés sur des journaux dans l'attente du bus ou du train...

 

Quant aux visites, la grande muraille est une merveille, la cité interdite immense, le palais d'été très agréable par beau temps. J'ai particulièrement apprécié le temple des lamas, temple bouddhiste en activité. Il se dégage de ce lieu une grande sérénité. Les encens sont brûlés par trois pour honorer bouddha. Certains font des offrandes : fruits, fleurs mais aussi gros bidons de 5 litres d'huile.
Les guides parlent mieux que moi de ces lieux ; alors, je vous renvoie vers ceux-ci pour plus d'informations.

 

J'ai fait du tourisme pendant 10 jours, c'était reposant. Mon visa mongol en poche, j'attends la prolongation de mon visa chinois en croisant les doigts pour qu'il soit d'un mois et aux alentours du 28 avril, je reprendrai la route vers la Mongolie...

 

Le 4 avril 2007 : Tanzhesi, primary school à Montougou

 

J'ai rencontré une famille dans ce micro village à 35 Km de Pékin. Car oui, après mes histoires [...], je suis finalement quasiment arrivée avec mon vélo! Ils me louent une chambre mais surtout m'offrent un accueil chaleureux et la possibilité de voir comment vie une famille de classe moyenne. Je partage les repas avec eux, les engueulades, les devoirs. Les enfants ont des difficultés à manger avec les baguettes et font des expériences avec la nourriture. Il faut dire que lorsque que l'on a 4 ans pour le garçon et 8 pour la fille, ce n'est pas évident de manger avec des baguettes et pas le droit de manger avec les mains ! Après le repas, nous avons fait un peu d'anglais, la petite fille répétait après moi les mots que je lui disais avec mon super accent ! Même la mère s'y est mise et en échange, j'ai eu droit à un cours de chinois et appris à compter jusqu'à 5. Nous avons bien ri. Dans l'ambiance et vu que j'ai de l'avance sur mon planning, j'ai dit à la petite fille que lendemain j'irai visiter son école. Elle m'a remerciée toute fière.
Donc ce matin, après avoir pris un petit déjeuner en famille (beignet salé gras et soupe d'œuf, de tofu et de tomate), nous sommes parties à 7h00 pour l'école. Qu’elle était fière avec son petit sac à dos rose ! J'ai été très bien accueillie, j'ai pu montrer le site internet avec les photos des autres écoles et parler avec la professeur d'anglais (May, prénom anglais car elle est née au mois de mai) qui m'a servi de guide et d'interprète durant toute ma visite. Elle m'a conduite vers la meilleure classe, ils ont 11 ans et travaillent dur m'a-t-elle dit fièrement. 35 dans la classe et pas un ne bouge. Ils sont extrêmement sérieux. Quelques uns ont fait des dessins sur l'environnement mais pour la plupart ce sont les JO qui les préoccupent. J'ai été également dans la cour de recréation ou ils font le sport. Chaque jour, ils ont du sport : aujourd'hui 4 classes faisaient de la corde à sauter et je peux vous dire qu'ils sont super doués. L'autre classe faisait du Kung Fu, bien en rang et en rythme sous le drapeau chinois ! Sur le tableau à l’entrée de cette école de 200 élèves est inscrit le programme du jour, un poème et "have a good time". J'ai visité d'autres classes qui saluent debout les mains dans le dos par un « good morning » sonore ! Ils ont classe de 8h00 à 11h45 et de 14h00 à 16h45 (bon volume horaire pour ces enfants...).

 

Le 1er  avril 2007 : Montagnes et police

 

Depuis quelques jours, comme prévu, j'ai quitté la route 107 pour aller dans les montagnes. C'est magnifique et très dur. Les possibilités pour se loger et manger sont bien moins nombreuses et les cybercafés inexistants. Les paysages sont à couper le souffle. Le 1er avril, après 32 Km à lutter contre les côtes et le vent, je m'arrête pour manger. Sur le haut de la montagne, des restes de la grande muraille. Je demande à la serveuse s'il y a un hôtel ici car je voudrais monter pour voir les ruines de la grande muraille en moto. Pas possible me dit-elle, il y a les soldats qui refusent le passage. Je repars et après 68 Km, je tente de m'arrêter dans un village pour me loger. Pas possible me dit la dame qui m'accueille, il y a la police qui veille et c'est interdit. Je commence à penser que tout ce petit monde est parano mais ne voulant pas faire prendre de risque à ces villageois, je repars. On m'assure qu'il y a un hôtel à 10 Km. Je m'engage sur cette route et après 5 Km, je me fais arrêter par la police. Ils me font entrer dans la caserne, l'air de rien en m'offrant un thé, me demandent mon passeport et à l'aide de 2 feuilles traduites en anglais, j'ai droit à mon premier interrogatoire : depuis quand je suis en Chine, combien de temps je compte rester, suis-je seule, ai-je loué mon vélo ou acheté, dans quelles villes je suis passée ? Pour répondre à cette question, je sors chercher mon guide dans ma sacoche, il me suit (comme si j'allais partir, ils ont mon passeport!!). Pourquoi je suis en Chine, mon âge, mon nom, où je vais, d'où je viens, pourquoi je vais par là... ? Ils me posent la question deux fois, me font écrire les réponses. Finalement, ils me disent que j'ai pris une "wrong way "(mauvaise route) et m'indiquent la route 108 sur ma carte. Ils partent faire une photocopie de mon passeport dans la ville où je voulais aller (grrrrrrrrrr!), me prennent en photo (me voila fichée en Chine). Je repars vers la 108. Au bout d'un quart d'heure de route, les revoilà. Pendant 15 Km, ils vont me suivre ou me précéder jusqu'à l'hôtel où ils veulent que je dorme. Pas le choix. Le réceptionniste de l'hôtel doit me mettre sur le chemin le lendemain pour Pékin. J'espère qu'ils n'ont pas l'intention de me mettre dans un bus. C'est hors de question, j'irai à Pékin en vélo et par les montagnes. Le lendemain en me levant un peu tôt, je fais faux-bond à tout le monde et je fonce vers Pékin. Enfin foncer est un bien grand mot car ce jour là, je passe 4 cols, croise des névés et une voiture grise dont je repère l'immatriculation et qui est arrêtée à chaque intersection pendant 40 Km!!!
Paranos les habitants du coin ? Pas si sûr !!

 

Le 22 mars 2007 : Changyan-Anyang, 139km, 19,8 Km/h de moyenne, 7h00, beau temps, vent dans le dos

 

Record absolu, forcément avec le vent dans le dos, presque pas eu la sensation de peiner sauf lorsque la route est défoncée et que je fais du VTT. J'avais décidé de faire une étape du tour de France, contre la montre et sans dopage... Après avoir fait le tour de la ville deux fois pour trouver ma route, je suis partie à fond. Pas envie d'attroupements autour de moi aujourd'hui, des paysages de plaine cultivée, pas génial, bref l'idéal pour se faire une étape sportive (ça c'est mon côté bourrin qui ressort, ceux qui me connaissent comprendront !!). Le vent crée des mini tempêtes de poussière. Je suis grise couleur locale ; tous les gens sont de cette couleur à cause de la poussière. Impressionnant !! A 40km de l’arrivée, je retrouve la route 107. Je suis bien contente d'avoir choisi la route 106 et les chemins de traverse même s'il est plus difficile de se repérer ! Grosse route, gros bus, gros camions, grosse circulation, coincée entre l'autoroute et le chemin de fer. Certes, il y a moins de poussière et le goudron est bien meilleur, mais quel ennui...
Je l'ai prise pour gagner Anyang et visiter un site archéologique d'une dynastie qui date de 1000 av JC mais dès demain je repique sur les chemins de traverse un peu plus à l'ouest pour voir les montagnes car la plaine, c'est moche !! En plus, plus je vais aller vers Pékin et plus la circulation va s'intensifier. Ce soir, j'ai vu un tracteur se faire doubler par la droite par une voiture et en même temps par la gauche par un bus, tout ça au milieu des vélos, vélos électriques et remorques à cheval !!!

 

Le 20 mars 2007 : Kaifeng

 

Kaifeng est à la chine ce que Hoi An est au Vietnam (ça, c'est pour Florence) : une magnifique ville historique. Une grosse ville de plus de 4 millions d'habitants sans buildings car la vieille ville gît sous 8 m de profondeur détruite par les débordements du Hang He (fleuve jaune car sableux et boueux) qui se sont déroulés en moyenne tout les 2 ans de 1194 à 1938. Ainsi pour ne pas détruire la ville engloutie, les architectes n'ont pas le droit de construire des bâtiments hauts nécessitant des fondations profondes. J'ai visité la maison de la guide Shanshan'Gan construite par de riches marchants venus faire des affaires sous la dynastie Qing. C'est très luxueux et coloré. J’ai également visité le temple du grand ministre. A cette occasion, j'ai rencontré Jason-Sue, guide avec lequel je passe un bon moment à discuter. Il veut voir mon vélo (je pense qu'il ne croit pas ce que je raconte) et quand il le voit, il s'exclame : "mais tu n'as pas de moteur ?". Je lui explique que le moteur ce sont mes jambes. Nous rions ensemble. Avant de partir, je pensais qu'on ne pourrait pas se comprendre avec les chinois, que l'on était trop différent. Finalement, ils rient aussi, comprennent souvent ce que je leur dis (enfin tente de leur dire !!!). Bien sur il y a des moments de flottement parce que je ne connais pas la languemais ; on verra au fur et à mesure de mes avancées, pas plus à mon avis qu'en Mongolie, en Russie ou en Pologne... Je suis bien contente d'avoir fait sauter ces préjugés à ce sujet.
A Kaifeng, ils sont encore plus accueillants, je n'ai même plus besoin d'interpeller les gens ou d'aller vers eux ; ce sont eux qui viennent spontanément vers moi dès qu'ils me voient le nez dans mes cartes. C'est vrai que c'est une ville touristique alors une européenne ne leur fait pas peur !!
Kaifeng est aussi célèbre pour son marché de nuit, c'est vraiment impressionnant à voir. A 17h30, la rue est tranquille (si tant est qu'une rue puisse être tranquille en Chine !!) et dès 18h/18h30, ça grouille de monde. Les marchands de brochettes, de galettes et autres stands de nourriture s'installent à une vitesse impressionnante. Auparavant, ils ont préparé les brochettes dans les rues attenantes et fait chauffer le charbon du barbecue au sèche-cheveux ! Des tables sont installées, la police ou l'organisme habilité surveille au bon déroulement et au paiement de l'installation. Les marchands de la communauté musulmane font des brochettes de moutons épicées, un délice. Une petite dame fait des galettes chaudes fourrées à la viande et au poivron... rien que pour ça, il faut aller à Kaifeng !!

 

Le 17 mars 2007 : fin de l'Hubei et début de l'Henan

 

Après Wuhan, j'ai quitté le Hubei par une petite zone de montagne sous le soleil avec le vent dans le dos (le bonheur pour une cyclotouriste bien chargée). Les montagnes me manquaient, ça m'a fait du bien. A l'étape du soir, dans un minuscule village où les habitants n'avaient sans doute jamais vu d'européenne autrement qu'à la télévision, les femmes m'ont touché les cheveux et les cuisses, ont regardé mes bijoux. Les hommes se sont amusés à me poser des tas de questions grâce à mon guide de conversation ; ils étaient 6 autour de la table avec mes raviolis et moi.
Dès que je m'arrête quelque part se forme un attroupement. Les gens me parlent en chinois. Je ne comprends rien alors je leur montre l’article du journal de Changsha qui explique mon voyage. Ce sont de chouettes moments : des vieux, des jeunes, des femmes, des hommes, des bébés les fesses à l'air (pour éviter d'acheter des couches, les bébés portent des pantalons fendus du coccyx au pubis et dès qu'ils ont une envie, où que ce soit, bien souvent dans la rue, ils s'accroupissent !!). Tous viennent jeter un coup d'oeil, à la carte, au compteur, au vélo. Les 3/4 doivent penser que je suis folle. Ils me demandent à chaque fois si je suis seule, où je vais. Certains me montrent la direction, m'offrent un thé. La sympathie et la curiosité des gens des campagnes chinoises sont remarquables.

Des conducteurs de tricycle veulent souvent m'emmener, alors je me laisse parfois tracter sur 2 ou 3 Km ; ça repose et cela fait de la compagnie. Sur 3000 Km en Chine, j'ai du être tractée sur une vingtaine de kilomètres... Je m'économise pour le desert de Gobi qui s'annonce comme un gros morceau.

 

Le 12 mars 2007 : Wuhan

 

Je profite de cet espace pour souhaiter un bon anniversaire à mon papa...


8 millions d'habitants, cette ville énorme s'étend sur des dizaines de km. Je suis accueillie chez Romane, expatrié et cyclotouriste émérite ! C'est  bien pratique  car il connaît un mécano vélo qui va faire une révision de mon destrier et changer la chaîne  (et oui, je suis à 3500 Km...).  Il me confie tout un après midi à Yeyu, chinois en partance pour le Maroc et parlant très bien le français. Il est né à Wuhan (prononcez "ourane"), il connaît donc la ville comme sa poche. C'est agréable de se laisser conduire sans avoir le nez sur la carte en permanence. Grâce à lui j'en apprends beaucoup sur les chinois. L’enfant unique est toujours d'actualité sauf dans les provinces autonomes comme celle du Gangxi et sauf si les deux parents sont eux-mêmes issus de cette politique. Si un couple a un deuxième enfant, ils payent une sorte d'amende de 10.000 euros  et ils n'auront plus accès aux crédits, donc à l'achat. Le salaire mensuel moyen est de 150 euros environ (sans doute moins dans les campagnes). Yeyu est un jeune homme de 25 ans ambitieux et intelligent. A 13 ans, il passait un concours et était recruté par une école pour aller apprendre le français (il a fini par faire une sorte de thèse sur Jean-Paul Sartre). Il y a 9 ans d'études obligatoires et générales, à la suite de quoi ce sont les écoles qui recrutent les jeunes et non comme chez nous, les jeunes qui choisissent ce qu'ils veulent faire et où ils veulent aller. La sélection est difficile et seuls les meilleurs réussissent. Il part 8 mois au Maroc en tant qu'interprète et il espère pouvoir après aller en France pour intégrer Science Po ou HEC. Son rêve est de travailler dans les affaires.
Il m'emmène visiter son ancienne école qui accueille des enfants en âge d'être en école primaire en france. Elle est dans un vieux quartier de Wuhan entourée de buildings. C'est une école de 800 élèves avec une cour de récréation en tartan. Les enfants vont à l'école de 8h30 à 11h30 et de 14h à 16h. Ils sont sensés être en uniforme mais non seulement c'est l'hiver alors ils sont emmitouflés dans leurs propres vêtements, mais en plus Yeyu m'explique que les enfants souhaitent de plus en plus mettre leurs vêtements. Le lundi, l'uniforme est obligatoire pour la levée du drapeau chinois et le vendredi tous les enfants de l'école font le ménage de leur école (classes, couloirs, cour...) pour laisser les locaux propres pour le week-end et pour la levée du drapeau du lundi.
L'environnement fait partie des programmes et ils y consacrent 2h par semaine, mais c'est plus une sensibilisation sur ce qu'est l'environnement. La véritable éducation à l'écologie se fait plus tard, au collège. Sur le toit, ils ont un jardin sur lequel poussent des vignes. Ils en sont très fiers et c'est vrai que c'est impressionnant au milieu des tours. Comme d'habitude, je suis très bien accueillie et la présence de Yeyu me permet de comprendre un peu mieux le système.
Certes l'éducation à l'environnement semble être effectuée mais peu suivie d'effet... Si vous voyez le bord des routes, ce sont de véritables déchetteries. Les poubelles n'existent que dans les grandes villes sinon tout est jeté par terre. Dans les villages et petites villes, tout est très propre malgré tout ; des gens ramassent toutes la journée les déchets que les autres jettent par terre. D'autres trient pour les revendre au poids à ceux qui recyclent. Sur le bord des routes, j'ai vu des montagnes de vieilles chaussures, de plastiques divers, de bouteilles de verre, de vélos rouillés... Malgré tout, les fossés restent les poubelles des habitants.
J'ai profité de mon guide chinois pour aller à la banque changer mes travellers chèques. Comme c'est compliqué !!! Certes, c'est appréciable  car sécurisé (en cas de vol, ils sont remboursables) mais sinon, vive la carte bleue et les distributeurs ! Il faut remplir des papiers en trois exemplaires, ils ont fait trois photocopies de mon passeport et de mon visa... bref, seule je n'y serais peut-être pas arrivée  car évidemment les papiers à remplir ne sont pas traduits !! Et Wuhan est une ville de 8 millions d'habitants, une grande ville quoi !!
En tous cas, j'y ai fait un séjour peu reposant mais très agréable. Alors merci à Romane, Ying, Gaétan et Kinga (qui m'ont logée), Pascal et Wenli avec lesquels nous avons passé une soirée mémorable...

 

Le 8 mars 2007 : Barrage des trois gorges

 

En chiffre le barrage, c'est 2,3 Km de long, 185 m de haut avec une retenue à terme de 600 Km de long et 58.000 Km² (surface supérieure à la Suisse !!) sur le troisième fleuve du monde (6.300 Km). Il a fallu 27 millions de mètres cubes de béton pour le construire et en 2009, il produira 10 pour cent de l'électricité en chine (soit 84,7 milliard de kW/h).
Ça, c'est le côté chiffre du monstre. Les objectifs officiels sont de maîtriser le cours du Yangze pour éviter les inondations telle que celle de 1998  qui a fait 1500 morts, d'augmenter sa capacité de navigation et de réaliser un puissant complexe hydroélectrique pour répondre aux besoins croissants de la chine. En réalité, il y a une volonté politique liée au prestige de la chine (au même titre que la grande muraille). Même si les discours politiques sont idylliques, la réalité n'est pas rose. 1,9 millions de personnes sont déplacées car leur ville est ou sera inondée par la retenue d'eau, 150 sites archéologiques  et historiques vont être engloutis. Sur le plan écologique, des espèces endémiques tel que l'esturgeon chinois ou le dauphin du Yantze risquent de disparaître. Sur 44 espèces de poissons, 14 ont un futur incertain et 6 aucune chance de survie.
Pour couronner le tout, ce barrage serait sur une zone sismique ; j’imagine aisément ce qu'une rupture pourrait provoquer !
A l'occasion de cette visite, j'ai pris le bus. Ils sont très bien organisés avec des guichets, des horaires, des gares routières. Un chinois m'a aidée à acheter mon billet et ne m'a quittée que lorsque j'ai été assise dans le bon bus. J'ai compris pourquoi il y a tant d'accidents : leurs amortisseurs sont morts et dans les descentes, les chauffeurs se mettent au point mort !!!
La campagne est très belle, assez montagneuse, à la frontière d'une zone plus pou moins autorisée au tourisme. Je me demande pourquoi ce sont souvent des zones montagneuses qui sont les zones interdites...

 

Le 1er mars 2007 : Hunan

 

Déjà presque 2000 Km en Chine et j'ai traversé la province de l'Hunan sans en parler, sans même m'en rendre compte d'ailleurs. Pas grand chose à en dire, je n'ai vu l'Hunan que sous la brume, le brouillard et la pluie. Les rares jours de beau temps, j'y ai découvert de beaux paysages. Malheureusement, je n'ai pas pu voir Heng San, la montagne sacrée, ni le lac Dongting Hu (le 2ème plus grand lac de chine) qui par jour de visibilité doit être magnifique.
J'ai visité Shaoshan la ville natale de Mao Zedong où j'ai découvert que les touristes chinois sont assez désagréables : ils parlent tout le temps et très fort et bousculent sans arrêt. C'est dans leur culture, ils sont 1,3 milliard alors celui qui ne bouscule pas reste sur place et ne voit pas !
La capitale de l'Hunan, Changsha, s'est avérée, malgré un début difficile, agréable. Début difficile, car après 98 Km de pluie et de boue de sable, impossible de trouver un hôtel : ces charmants chinois très sensibles à leur apparence m'annonçaient complet ou des sommes exorbitantes pour que je ne reste pas. Tout ça car j'étais sale, en vélo et mouillée. J'ai fini par en trouver un qui m'accepte avec un prix raisonnable et je suis partie à la découverte de la ville. A mon retour, deux journalistes et un photographe m'attendaient, le gentil groom les avait prévenus. Nous avons descendu les sacoches et nous avons fait des photos et une interview en anglais. Le lendemain, les femmes de l'accueil, au début pas sympathiques et hautaines, étaient tout sourire avec le journal à la main. Trois exemplaires m'attendaient à la réception. Cela me fera un formidable passeport pour la suite !!! Mis à part cet intermède, Changsha, que j'ai visitée sous le soleil, s'est avérée agréable et immense (avec un supermarché Carrefour, mes proches comprendront !!).
Sinon, l'Hunan en vrac, ce sont des chiens beaucoup plus agressifs (ils doivent être moins mangés par ici), de la cuisine TRES pimentée (le piment est servi en légume ; à cette occasion, j'ai appris le mot "la-dziao" pour dire que je n'en voulais pas !!). C'est une province pauvre où les villageois n'ont pas l'eau courante et tirent l'eau du puit pour les gestes quotidiens et font la lessive dans les rivières. Pour cuisiner, ils font des brasiers chez eux à même le sol sur la terre battue pour les plus pauvres, les autres ont des espèces d'accumulateurs en charbon, les plus riches sont au gaz (souvent dans les villes). La cuisine est très grasse (les aliments baignent dans l'huile) mais je crois que l'on peut généraliser cela à la chine. C'est une province très agricole et fertile avec beaucoup de rizières.
Le mois de vacances se termine pour les écoliers, je vais pouvoir enfin aller leur rendre visite, d'autant que je me dirige vers le barrage des 3 gorges : désastre écologique pour certains, entrée dans la modernité de la Chine pour d'autres…

 

La fête du Têt... suite et fin

 

Les festivités ont commencé la veille, dernier jour de l'année en chine et le plus important, comme me le dira Jiang, un jeune homme de 18 ans dont la soeur m'a invitée. Ce dernier jour de l'année donc rend les gens fébriles et encore plus souriants et avenants. J'étais sur la route 322 quand une moto me double, s'arrête un peu plus loin pour me guetter et repart quand j'arrive à son niveau. Nous nous saluons tout en roulant et nous engageons la conversation en anglais avec la passagère assise derrière le chauffeur. Elle me dit : « vous savez que c'est le nouvel an, c'est la fête la plus importante en Chine ». J'acquiesce et je lui réponds qu'à cette occasion j'espère pouvoir rencontrer une famille pour partager ce moment avec elle. Alors elle me dit : « d'accord, venez chez nous, on mangera ensemble » !!!
Pendant les 16 Km qui me reste à parcourir avant d'arriver à leur domicile, ils me suivront ou me précèderont en se mettant à côté de moi pour discuter. Pourtant je n'avance pas aujourd'hui : c'est côtes et vent dans le nez. Patiemment, ils m'attendent pour me ramener chez eux. J'apprends qu'elle a un frère de 18 ans donc et une soeur qui est guide ; qu'elle même est enseignante et qu'elle a un mois de vacances en même temps que les enfants. Son père est aussi enseignant.
Lorsque nous arrivons à Ganzhou, toute la famille est en bas ; ils m'attendent, même la grand mère. On m'installe, me donne un thé brûlant (un délice car il fait très froid), des oranges, des cacahuètes, et nous discutons une bonne heure avec le fils de la famille qui espère aller à l'université pour pouvoir travailler dans un grand hôpital (mais pas en tant que médecin) à Nanning. Il est passionné de basket, il a d'ailleurs un unique poster de basketteur dans sa chambre. C'est un jeune homme qui a de l'humour et qui rit beaucoup, nous passons un bon moment.

 

Vers 12h30, nous passons à table car pendant que je parlais avec le fils, tous les autres s'agitaient entre la cuisine et la salle de bain pour préparer le repas. J'ai ainsi vu passer une tête de cochon, une poule, des légumes. Par terre dans la cuisine, il y a un réchaud à gaz et des petits bancs en bois. Nous nous asseyons, chacun avec son bol de riz à la main et nous piochons dans le wok posé sur le réchaud avec ses baguettes dans la tête de cochon. Pour l'occasion, ils ouvrent une bouteille d'alcool fort qui décape (impossible de savoir ce que c'est).
Puis vient le temps des photos, celles que l'on regarde et celles que l'on prend. Le père de la famille est très intéressé par ma mère qu'il trouve "beautiful" et mon père qui est jeune. Après un échange de nos adresses mail, je repars. Le vent est toujours présent. Je fais 20 Km supplémentaires et je m'arrête dans un minuscule village. J'achète trois porte-bonheur pour offrir aux gens qui m'accueillent et je trouve miraculeusement à me loger. Tout est fermé, je traverse des villes fantômes ! Je me ballade dans le village, des milliers de pétards explosent : le nouvel an chinois, c'est aussi la fête du bruit pour chasser les mauvais esprits. Au passage, je me fais littéralement happer par une femme qui me demande si j'ai mangé. Elle m'entraîne chez elle, me fait asseoir, me donne baguettes et bol de riz et pioche dans le wok, légumes, viande et poisson pour me les offrir comme repas. Pas un mot d'anglais cette fois. La petite fille me chante une chanson. Nous ne nous comprenons pas mais nous sommes contents d'être ensemble et nous partageons un bon moment. Je ne sais pas si une famille française aurait invité une inconnue à un réveillon ?

 

Vers 20h, je repars. L'air est irrespirable, surchargé en poudre. Mes oreilles sifflent. Des lanternes sont allumées, des minis feux d'artifice éclatent de partout. Jusqu'à minuit, il y a de la musique dans les rues et à minuit, c'est une véritable explosion...
Le lendemain, tout est très calme, la route est pour moi toute seule. Je quitte la province du Guangxi pour entrer dans celle de l'Hunan. La route est jonchée de petits papiers rouges qui entouraient les pétards. Dès que les gens se réveillent le matin, c'est pour mettre le feu aux poudres. Vers 11 heures, il y a de nouveau du monde sur les routes. Les gens vont dans leur famille pour vénérer et faire des offrandes aux ancêtres. Des familles entières sont en transhumance avec enfants et paquets rouges. Des pétards éclatent dans tous les coins. Des coups à finir sourd ça ! Ce n’est pas étonnant que les chinois parlent toujours fort ; c'est à cause de la fête du printemps !!!
Les gens sont dehors mais tous les magasins sont fermés. On se croirait un dimanche en France. C'est d'autant plus surprenant que depuis que je suis partie, je n'ai jamais ressenti ce rythme de semaine et de week-end ; en Asie, tout est tout le temps ouvert. Pendant 5 jours, je vais traverser des villages ou des énormes villes vides. Puis ça se remet à s'agiter sur les routes, les bus sont bondés, les infos montrent des scènes de bousculades dans les gares. La fête est finie et les gens rentrent chez eux.
Mon dernier repas en famille pendant cette fête se passe sous une tente dans la rue. Une femme fait des brochettes de plein de choses. Lorsque son mari comprend que j'ai l'intention de manger là, il court chercher une ampoule électrique, met le wok à chauffer, de l'huile, du riz, des légumes et il me concocte un bon riz sauté avec des petites brochettes de mouton épicées. C'est un régal. Toute la famille se met à table avec moi : les 4 enfants, la mère, le père et la grand mère. Et c'est reparti à parler avec le guide de conversation. Je suis au petit soin, une des filles me donne une serviette (je dois baver !). Le père veut m'offrir une bière. Bref, encore une bonne soirée.

 

Le 16 février 2007 : préparation du Têt, l'effervescence

 

Tout s'accélère 8 jours avant la fête du Têt.  Des marchés (comme les marchés de Noël chez nous) fleurissent un peu partout. Tout est couleur or et rouge. C'est l'année du cochon et des figurines toutes plus kitch les unes que les autres sont suspendues partout. Des stands sont installés le long des trottoirs pour vendre de grandes tentures rouges avec des messages écrits en noir et en or. Des boules de papier rouge et or se balancent un peu partout au gré du vent. Des ENORMES rouleaux de milliers de pétards sont prêts à exploser (c'est aussi la fête du bruit). Les gens sont très énervés ; ils traversent dans tous les sens, s'arrêtent, repartent. Ça devient compliqué de traverser, même dans les plus petites villes. Les bus sont bondés, des valises jusque sur les toits, des gens sur les bords des routes avec valises et enfants. Des motos transportent des cochons, des chiens, des canards, des poules, des fruits, des bulbes (enfin tout ce qui peut se manger). On voit des femmes semblant provenir de la ville, habillées de façon super moderne avec bottines et jupe ; elles sont assises dans des chars à boeufs. Les générations se rencontrent mais pas seulement. Modernité et tradition se côtoient en permanence. Les mélanges sont étranges et étonnants.

 

Le 13 février 2007 : région de Guilin


C'est exactement l'image que j'avais de la chine : des pitons karstiques au milieu de rizières. Dommage, le riz a été récolté et les rizières ne sont du coup plus cultivées. C'est beau malgré tout. Je circule au milieu des pitons entre rizières et cultures. La province du Gangxi est une province agricole ; chaque mètre carré est utilisé pour faire des plantations. J'ai déjà parlé des plantations gigantesques de cannes à sucre. Ils font aussi la culture de salades, de tomates, de choux verts, de choux chinois, de ciboule, de fraises, de courgettes, de concombres, de céleris, de thé, plus toutes les autres espèces que je ne connais pas. En ce moment, je traverse des plantations d'orangers et de clémentines. J'en fais d'ailleurs une cure : ma préférence va aux minuscules clémentines qui sont les plus douces et les plus sucrées. Toujours pas de gros tracteurs et toujours des hommes ou des boeufs pour labourer. Il y a toujours du monde dans les champs : des femmes qui arrosent et qui récoltent, des hommes qui piochent. Cela dit, les femmes aussi piochent. Je trouve d'ailleurs assez équilibré le modèle chinois : les hommes et les femmes font les mêmes travaux aussi bien pénibles comme la maçonnerie et les travaux des champs, que la cuisine. Enfin, c'est ce qu'il me semble voir, la réalité est peut-être bien différente au sein des foyers...

 

Le 10 février 2007 : rencontres

 

Depuis Nanning, j’ai pédalé 500 Km et j'ai eu un peu de temps pour m'acclimater. J'ai fait quelques belles rencontres. A deux reprises, j'ai rencontré des jeunes femmes qui voulaient parler anglais avec moi.

La première s'appelle Nicole (c'est son prénom anglais, l'autre est impossible !). Je l'ai rencontrée à Binyiang après une étape fatigante de 85 Km, au restaurant où je suis allée manger (enfin quand je dis restaurant, il faut plutôt comprendre échoppe de rue). Elle m'a pris en charge dès qu'elle m'a vue. Nous avons communiqué en anglais à l'écrit et en chinois grâce à mon guide de conversation. Elle a 16 ans et est au collège où elle apprend des matières comme l'anglais et les sciences. Elle fait ses études à Liuzhou à 200 Km de Byniang. Pendant les vacances scolaires, comme en ce moment, elle vient travailler avec ses parents qui tiennent cette échoppe. Toute sa famille vit grâce à ce commerce, son frère en est le cuisinier et tout le monde donne un coup de main. On y mange bien : du riz, toujours, accompagné d'un plat de viande et des légumes, souvent inconnus pour moi. Nous parlons un peu environnement : elle me dit que ses profs en parlent souvent mais que ce n'est pas suivi d'effet, que les industries sont très polluantes et que les animaux en voie de disparition ne sont pas protégés.
Elle me sert de guide tout l'après midi, m'aidant à acheter des fruits, à trouver un cyber café.
Je retourne manger chez eux le soir. Elle m'attend et nous "parlons" pendant deux heures après le repas. Elle m'apprend qu'elle joue au basket, qu'elle aime faire du shopping, écouter de la musique et lire. Nous nous quittons en nous promettant de garder le contact par mail.

La deuxième s'appelle Quang. Elle a 18 ans et espère rentrer à l'université. Nous passons la soirée ensemble à échanger autour des photos que j'ai amenées et de la musique que j'ai sur mon MP3. Elle rêve de voyager et d'aller à Venise.
Mais ça peut encore être plus simple, comme un grand sourire échangé avec un paysan qui me donne un bâton de canne à sucre ou une vendeuse de fraises sur le bord de la route avec laquelle je pique un fou rire. J'essaye de lui faire comprendre que je ne veux pas TOUT son panier de fraises. Elle ne comprend rien, je ne comprends rien et nous rions ensemble avec le guide de conversation à la main. Je finirai par prendre un sachet et mettre quelques fraises dedans tout simplement !!!
Ou bien alors ce vieux monsieur qui tient son échoppe de nouilles et qui me tend le pouce en disant « I love you » en me servant mon bol de nouilles fumantes.
Les chinois, lorsqu'ils sont revenus de leur surprise de me voir (ce qui les rend soit méfiants et fermes, soit "morts de rire"), sont accueillants et serviables. L'autre jour, dans l'hôtel du village où je me suis arrêtée, je demande où je peux manger. Le monsieur m'entraîne dans sa cuisine, ouvre son frigo et me montre ce qu'il va me préparer. C'était la première fois que je rentrais dans une cuisine chinoise, c'est surprenant.
Je constate qu'il vaut mieux s'arrêter dans les petites villes si l'on veut faire des rencontres car les grandes villes sont bruyantes, polluées et anonymes. Même si les gens restent serviables lorsqu'on leur demande de l'aide... comme la dame du kiosque qui me traîne dans tout le quartier pour que je trouve la bonne carte de téléphone pour appeler ma soeur qui a 30 ans aujourd'hui. Nous finirons par atterrir à la poste où une jeune fille m'écrira sur un papier en chinois le nom de la carte qu'il me faut (et bien même avec ça, je n'ai pas encore trouvé !!) et good luck en anglais.
Mon vélo hyper chargé est mon meilleur ambassadeur. Les gens sont intrigués, ils veulent savoir d'où je viens, où je vais, si je suis seule et si ma famille ne me manque pas. C'est en général les 4 premières questions qu'ils posent. Sur la route, ils me font de grands sourires, pouce tendu vers le haut. C'est chouette...

 

Le 6 février 2007 : Nanning

 

L'arrivée dans cette ville de 1,3 millions d'habitants est épique (qu'est-ce que ce sera pour les villes de 5, 6 ou même 8 millions d'habitants ?). Je ne sais ni où je suis ni où je vais. Ce n'est pas avec ma carte au 1:1500000 que je vais m'en sortir. Alors j'avance au hasard. Je tombe sur un panneau en anglais indiquant la gare. L'hôtel que j'ai repéré se situe juste en face. Apres m'être un peu occupée de moi et avoir fait quelques corvées, je repars à la découverte du centre ville. Je suis complètement perdue, tout est écrit en chinois, même les noms des rues et ce n'est pas avec mon minuscule plan que je vais réussir à me repérer. Je mets deux heures à trouver un cyber café. Il faut payer à l'avance et ils te donnent un petit bout de papier sur lequel est écrit un code... en chinois évidemment. Heureusement, les gens sont sympathiques et quand ils me voient l'air perdu avec mon papier, il y a toujours quelqu'un pour venir m'aider et taper le code. J'étais tranquillement en train d’écrire un mail quand soudain tout s'éteint. Apres coup, je comprends que l'on a un temps limité et après ce temps passé, l'ordinateur s'éteint automatiquement, sans prévenir. Dur, dur la première fois ! Après, on s'habitue. D'ailleurs, on s'habitue à tout. En Chine, tout est plus compliqué parce que non seulement je ne connais pas la langue mais en plus, il faut réussir à se repérer avec tous les idéogrammes (je crois qu'il en existe 56000). Mais je finis toujours par y arriver avec de la patience et de l'observation. Par exemple, j'avais besoin de cartes routières en chinois (je n'en ai qu'en anglais et c'est insuffisant pour se faire aider), je suis donc partie à la recherche d'une librairie. J'ai fini par en trouver une (et oui, quand tu demandes dans la rue avec ton merveilleux guide, les gens te répondent gentiment mais en chinois...), repérer le rayon correspondant et une fois devant le rayon... trou noir, rien n'est écrit en anglais. A nouveau, j'ai du comparer les idéogrammes de mon guide et ceux des cartes. J'ai quand même fini par trouver les 6 cartes correspondantes aux 6 provinces que je vais traverser. Il ne me reste plus qu'à recopier les idéogrammes des grandes villes qui me serviront à me repérer sur ma carte en anglais !!
C'est bien les grandes villes, mais c'est très anonyme et on s'y perd facilement. Finalement, même si les conditions de logement sont moins bonnes, je préfère les campagnes.
Ah, c'est l'aventure ! Décidemment, tout a été compliqué aujourd'hui. Je décide de choisir la simplicité pour le repas. Je mange une pizza dans une grande enseigne internationale où j'ai même un menu en anglais. Moi qui n'aime pas cette langue que je n'ai jamais réussie à apprendre, je vais finir par l'aimer et même par la rechercher !!
Entre les villes et les campagnes, 150 ans les séparent. En ville, tout est clinquant (enfin les centres villes) avec des immeubles rivalisant de hauteur, du monde partout, des vélos à moteurs électriques, des boutiques de portables, MP et autres gadgets technologiques, de la nourriture dans des distributeurs tous les 20m (d'ailleurs, les habitants des villes sont bien plus gros que ceux vivant à la campagne), des boutiques de vêtements avec des hauts parleurs hurlants, des couleurs très vives (le rouge et l'or sont à la fête car c'est bientôt le « têt »). A la campagne, le calme règne, il y a peu de bruit (sauf celui des camions qui klaxonnent pour annoncer qu'ils doublent), les boeufs tirent des monceaux de cannes à sucre, et servent aussi à labourer les champs (pas de gros tracteurs qui labourent des hectares de terre). Pour l'instant la Chine offre vraiment deux visages, deux mondes différents.

 

Du 2 au 5 février 2007 : la campagne du Guangxi

 

Les routes sont goudronnées mais de mauvaise qualité, genre tôle ondulée. Cela fait un bruit pas possible ; mon vélo râle !! C'est un peu les montagnes russes et autour de la route, je vois des cultures de cannes à sucre et d'agaves pour l'aloe vera, et d'arbres que je ne connais pas. La terre est argileuse et orange. Je croise encore de nombreuses briqueteries et de camions fous qui perdent parfois une brique à l'occasion d'un chaos. Tant que cela ne me tombe pas dessus, j'évite les obstacles…
Les villes croisées sont petites. J'en profite pour passer ma première nuit chez l'habitant. Nous parlons par guide de conversation interposé. Ils sont surtout curieux de savoir qui je suis, où je vais, d'où je viens. Je dois presque me battre pour avoir le guide de conversation qui passe de main en main sans jamais s'arrêter dans les miennes. Ce soir, ils sauront tout de moi et moi, quasiment rien d'eux. Les conditions de vie sont sommaires : paillasse avec moustiquaire (la seule de la maison est pour moi), un trou pour faire ses besoins et un robinet pour le reste. Je pars me balader dans le village à la recherche d'un repas et de victuailles pour le lendemain. Je suis l'objet de tous les regards. C'est parfois difficile et je me sens bien seule. Cela dit, ils finissent par m'oublier une fois qu'ils m'ont vu manger mes pâtes comme eux en faisant de grands "slurp". La campagne chinoise est moins accueillante au premier abord que la campagne vietnamienne où de nombreux enfants couraient pour nous dire "hellooooo". Là, c'est plutôt des regards émaillés de quelques "laowai" (l'étranger). Je vois moins d'enfants et plus de personnes âgées qu'au Vietnam, plus de chiens errants aussi mais ils ne sont pas agressifs ; ils se cachent dès qu'ils me voient, ici on les mange !!!!

 

Le 2 février 2007 : le passage de frontières

 

Quelle aventure ! Les vietnamiens n'ont pas été très sympathiques à la sortie ; ils ont regardé si mon passeport était un vrai sous toutes les coutures, ça a pris pas loin d'une demie heure. Du coté chinois, tout est propre et beau ; je quitte une frontière sale pour une propre, on verra pour la suite. Je commence par le service de santé qui me demande si j'ai de la fièvre et si j'ai été en contact avec des animaux à plumes, pour la grippe aviaire. Je remplis tout un formulaire sur des symptômes : si je tousse, si j'ai le SIDA, si je suis psychotique et tout un tas d’autres choses. Puis je passe à l'immigration ; l'accueil est sympa, évidemment tout est plus compliqué avec mon vélo, mais ils me disent OK…

Ca y est, je roule en chine les cheveux au vent (et oui encore du vent ; il y en a marre), le sourire aux lèvres ; le ciel est bleu, moins de klaxons et moins de bruits, ça serait presque agréable !!! Il est 9 h et ça y est, j'y suis. Je suis presque émue, là seule sur mon petit vélo...
Après évidemment, ça se corse car j'avais prévu une étape courte et j'ai bien fait... Je m'aperçois que la route que je voulais prendre demain est interdite aux vélos et puis je rentre à Pingxiang et panique à bord, je ne comprends rien de rien. Je vois un immeuble qui ressemble à un hôtel ; je m'arrête. Le prix 100Y est correct alors je rentre, mais la personne de la réception me demande 200Y. Je sors mon guide de conversation, elle cherche, nous cherchons. Je lui explique que je ne veux rester qu'une nuit ; elle insiste sur les 200Y, puis soudain elle s'illumine : c'est la caution, les 100Y. Je les récupère normalement demain. Au Vietnam, il n’y avait pas de caution, mais il fallait laisser son passeport ; je préfère donner une caution.
La chambre est propre à tendance glauque, mais c'est encore un hôtel dans une ville moyenne de 100 000 habitants. Qu'est-ce que ce sera dans les villes perdues ? Pas d'eau chaude avant 17 heures, ça je le comprends grâce à mon guide de conversation (je sens qu'il va me servir celui-la). Tant pis, je ne me laverai que ce soir. Je ne vais pas en plus m'acclimater à l'eau froide, chaque chose en son temps.
Je pars chercher une banque qui veuille bien me donner des Renmin Yuans. Pas simple, j'en fais deux avant qu'un gentil employé m'explique qu'en tant qu'étrangère, je ne peux changer que dans les « banks of china ». Il m'indique le chemin mais je ne comprends rien, alors j'y vais au pif. Et coup de chance, je tombe dessus, mais la personne du guichet ne veut pas me changer mes travellers (mais où est-ce que j'ai lu qu'on pouvait les changer partout, je sens que je vais revenir avec ; heureusement, ce n'est pas lourd !!). Elle m'indique le distributeur et impossible d'introduire ma carte. Finalement un garçon vient m'aider et j'ai enfin 250 euros sur moi. Voila une bonne chose de faite.
Ensuite, j'ai marché pour chercher à manger et de l'eau ; ça, ça va. Et finalement, un cyber café et j'ai trouvé le seul de la ville ; je n'ai même pas demandé le prix trop contente d'en avoir trouvé un. J'ai changé d'heure ; il est une heure de plus qu'au Vietnam. Là, il est 13h41 et en France, il est 6h41.
Ah, c'est l'aventure ! J'ai recopié soigneusement le nom de la prochaine grande ville en chinois au cas où je me perdrais. Je sens que le plaisir vient ; c'est cool, dans 8 jours, je serai totalement adaptée à ce nouveau pays. Ca change quand même beaucoup du Vietnam.