Le 20 juin 2007 : Bilan de la Mongolie

 

La Mongolie est un pays immense qui fait trois fois la France. J'ai parcouru plus de 1700 Km et j'ai roulé sur toutes les routes goudronnées... Il faut dire qu'il n'y en a que 800 Km ! Les gens sont moins souriants qu'en Chine mais la vie est difficile. Les salaires moyens sont de 100 dollars en ville et souvent 30 dollars (seuil de pauvreté). La moitié de la population vit dans des yourtes qui s'ouvrent toujours vers le sud, et l'autre moitié dans des cubes de style soviétique. Les espaces sont immenses et le climat insupportable ; le vent notamment, vous l'aurez compris à la lecture de mes textes ! Mais c'est un pays très fort émotionnellement, très poétique de par sa beauté, sa difficulté, son vide... Un pays où les 5 sens sont en éveil en permanence...

 

L'ouïe (les bruits sont tellement rares) : le cataclop d'un cheval qui me rattrape, le vent dans le casque et dans les fils électriques, les bêlements des moutons et des chèvres, les hennissements des chevaux, quelques cris d'hommes appelant leurs bêtes, de nombreux oiseaux minuscules qui sifflent fort à mon passage, des petites souris des champs qui poussent des petits cris car mon passage les dérangent sans doute, les gros 4X4 qui klaxonnent et qui doublent en soulevant des nuages de poussière, rien le silence absolu, le vent dans les quelques arbres au nord du pays, le poêle qui ronronne sous la yourte...

 

L'odorat : l'herbe mouillée après la pluie, les odeurs des chèvres, des moutons et des chevaux, le bois qui prend feu dans le poêle sous la yourte, de la terre chaude quand la pluie se met à tomber, de l'air pur, de la sève des peupliers au printemps à l'abord des villes, l’odeur puante des gros 4X4 qui me frôlent...

 

Le touché (surtout au niveau des pieds) : marcher sur l'herbe rase des steppes, traverser un gué pieds nus dans l'eau fraîche alors qu'il fait 30 degrés, marcher pieds nus sur un tapis d'Erdenet sous la yourte...

 

Le goût : le fromage mongol plus ou moins sec avec ou sans sucre au goût inimitable (quand il est très sec, on pourrait se casser les dents dessus), c'est aigre et délicieux ; la soupe de mouton bien grasse au très bon goût mais le gras passe bien après une grosse journée de vélo ; des pâtes frites au mouton souvent avec des pommes de terre et quelques morceaux de carottes (assez pâteux mais TRES consistant et reconstituant) ; le thé au lait de chèvre salé, délicieux lorsque l'on a bien soif (rien à voir avec le thé de chez nous) ; le goulasch servi avec une petite salade de crudités aux choux, carottes en boite, un régal et les seuls légumes mangés ; le jus de fruits multi vitaminé super chimique mais frais par 30 degrés, un bonheur...

 

Quant à la vue, vous en avez eu un bref extrait avec les photos, mais il faut le voir pour le croire, ces immensités à perte de vue, de sable, de steppe, de vide, de bonheur.

 

Pour l’environnement : vu la densité de la population (1,4 habitants au kilomètre carré), c'est assez propre mais dès que l'on s'approche des villes du nord (plus peuplées), le bord des routes est de nouveau jonché d'immondices, le plus grand problème étant les bouteilles en plastiques. A Ulan Bator l'air est très pollué par les usines à charbon, chauffage de la ville. On le sent très bien lorsque l'on arrive du désert et de la steppe où l'air est tellement pur. Globalement le pays est très sec sauf dans le nord où il y a des rivières. Le déboisement est un problème, mais il permet aux nomades de se chauffer l'hiver par moins 50 sous la yourte. La mine énorme à ciel ouvert d'Erdenet qui utilise 50 pour cent de la consommation électrique mongole. Dans les écoles, l'éducation à l'environnement n'est pas faite. Ils font vraiment l'éducation de base et manquent cruellement de moyens. Il semble que l'environnement et l'éducation à l'environnement ne font pas partie de leur préoccupation première.

 

Le 13 juin 2007 : Erdenet et sa mine de cuivre

 

J'avais décidé de visiter ce monstre, l’une des 10 plus grandes mines au monde à ciel ouvert, 2,5 Km de long sur 1 de large pour une profondeur de 500 mètres.
Je prends un taxi qui me pose à l'entrée ; je montre au garde le mot visite sur mon dictionnaire russe et il me laisse entrer sans même me demander mon passeport. J'avise un bâtiment administratif. Pas de bol, le nouveau garde ne connaît pas le russe. Je tombe sur une petite échoppe tenue par une gentille dame qui m'entraîne dans l'ascenseur vers le 4ème étage et me trimballe de bureau en bureau en expliquant mon cas jusqu'au moment où l'on me passe un monsieur au téléphone parlant anglais. Il me dit que ce n'est pas un lieu touristique et que les gens travaillent ici !!! Et qu'il faut demander l'autorisation de son chef de production. J'attends donc le chef devant son bureau après que le grognon ait expliqué mon cas à la secrétaire qui ne parle pas un mot d'anglais. Des gens font la queue pour rencontrer le big boss et c'est vrai que je ne sens pas très à ma place. Quand c'est mon tour, il faut encore que j'attende un traducteur. Je lui explique que je fais du vélo pendant 9 mois, que je traverse la Mongolie et que je voudrais juste savoir si il est possible de visiter la mine... Cela fait quand même une heure trente que j'attends.
Le big boss me reçoit enfin et le courant passe tout de suite entre nous par le regard. Il passe deux ou trois coups de fil, ameute le premier homme qui parlait anglais et donne son accord en même temps que sa carte de visite. Me voilà donc partie avec un casque sur la tête. L'attente valait la peine... La mine est gigantesque, très polluante et grande consommatrice en eau et en énergie (50 pour cent de la consommation totale mongole en électricité, mais il faut dire que dans la campagne, ils sont loin d'avoir tous l'électricité!). J'ai même le privilège de visiter le lieu où les machines traitent sur place le minerai. J'ai eu la sensation qu'ils utilisaient du mercure pour séparer tout ça (si quelqu'un peut me donner un tuyau à ce sujet, ce serait bien car je n'ai pas tout compris). Cette partie de la visite est très pénible car les odeurs des produits chimiques utilisés sont difficilement supportables. Evidemment d'un point de vue de l'environnement, ce n'est vraiment pas génial, mais 8000 personnes travaillent grâce à cette usine qui appartient à 51 pour cent aux russes. Un grand coup de vélo dans la steppe pure devrait me remettre les poumons en état.

 

Le 9 et 10 juin 2007 : Monastère d'Amarbayasgalant

 

Une fois n'est pas coutume, je vous livre ici le texte intégralement issu de mon journal et non retravaillé...
Ce matin, je pars tranquille et confiante ; le vent doit être derrière mon dos. Je ne dois faire qu'une centaine de kilomètres, alors ça devrait aller. Donc je pars vers 8h30, un petit gâteau dans le ventre ; je dois rencontrer un village dans 50 Km pour prendre un repas plus consistant mais ce devrait être vite réglé. Dès le début, j'attaque par un col puis 2 puis 3 montagnes russes comme hier sauf que le vent n'est pas dans mon dos. Très rapidement, je galère. J'arrive à ma pause repas, je suis déjà cuite et seulement 50 Km parcourus. La route bifurque vers le sud et hourra, j'ai le vent dans le dos mais les montagnes russes sont toujours là et c'est de plus en plus dur. Le paysage n'est pas terrible ; par ici, ils cultivent, alors c'est moins beau et moins sauvage. Une jeep s'arrête sur le bas-côté ; le conducteur me regarde passer. Je fais un geste de la main comme d'habitude. Le conducteur repart et vu que la moitié des voitures a le volant à droite, il se met à ma hauteur et me parle en anglais. Je lui demande combien de kilomètres il reste à parcourir jusqu'à Ohron. Une dizaine me répond-il, tu veux monter ? Ben, si on me le propose si gentiment, j'accepte. On case mon vélo dans sa jeep et c'est parti. Il me dit qu'il n'y a pas d'hôtel à Orhon. Effectivement, la ville marquée plus grosse sur ma carte est minuscule. Tant pis me dit-il, je m'appelle Baatar, j'ai des amis à voir sur Orhon river et après, je te ramène 10 Km en arrière. Zut pour demain, ça me fera 10 Km de plus et j'ai de la piste à faire pour aller au monastère. L'idée fait son chemin et il me dit qu'il a le temps et si je veux, il m'emmène au monastère. Pour lui, c'est 2 fois 70 Km de détour ! J'accepte car la piste ne semble pas être facile à trouver et j'ai un peu peur de me perdre.

Mon vélo bringuebale dans sa jeep quasi neuve. Il est ingénieur à la cimenterie du coin et a étudié 5 ans en Russie. En route, il s'arrête pour me cueillir de la rhubarbe sauvage, plein de vitamine C, me dit-il. C'est acide mais un régal. La piste est magnifique et les paysages splendides (ça restera mon coin le plus beau de tout ce que j'ai vu de la Mongolie), la piste très vallonnée, nous passons encore de nombreux cols et je pressens que le retour sera rude. Nous arrivons dans la vallée à environ 10 Km du monastère. Il a encore un ami à voir. Pas de problème. Nous voilà accueillis sous la yourte. On nous sert du thé mongol (thé au lait de chèvre salé), des gâteaux frits avec du beurre sucré à mettre dessus, du fromage séché extrêmement dur (il y en a d'ailleurs qui sèche sur le toit). C'est bon bien qu'un peu aigre et acide. En tous cas c'est génial à mâchouiller. La dame s'agite, de la viande de chèvre est mise à cuire dans l'eau, de la farine et de l'eau, ça fera des pâtes. Finalement, je prends mon premier repas mongol sous la yourte après le rituel du lavage des mains. On me sert de la soupe avec de la viande et du gras. Après une journée bien remplie, c'est un délice et je mange tout y compris le gras. La viande de chèvre et les pâtes sont un régal. Bref, moi qui m'inquiétais pour le gras de la nourriture mongole, ce n’est pas vraiment un problème...
Sur le site, il y a des camps de « gers » pour touristes à 28 dollars la nuit. Je fais gloups et demande s'il y a une autre solution. Le nomade connaît une famille qui a une yourte mise à disposition des touristes pour moins cher. C'est reparti en jeep.

 

Il est 20h lorsque nous arrivons dans cette famille ; 3 petits gosses sont en train de manger des « dumplings » au mouton. Ils m'installent dans la yourte où il y a 4 lits. Je rentre vélo et sacoches ; la soirée est fraîche alors ils m'apportent du bois et allument du feu dans le poêle. Le bonheur... Je dors comme un gros loir et le lendemain, je suis réveillée par la pluie qui tombe. Je visite le monastère qui ne me laissera pas un souvenir impérissable. Retour sous la yourte, il fait froid ; les enfants m'apportent du bois et la grand-mère aussi, je suis au petit soin. Batsayzenk, la femme de la maison vient me voir pour me demander ce que je veux manger et quand. Elle, qui était peu souriante hier, s'est ouverte. Elle veut voir mon guide sur la Mongolie, mon guide de conversation russe ; elle parle russe. Avec papier et crayon, nous nous comprenons plutôt bien. Elle m'apporte une galette frite toute chaude avec du beurre et du sucre à mettre dessus sans que je n’aie rien demandé. Quelle gentillesse !
Les enfants viennent me voir et après mon repas, me proposent de m'accompagner dans la montagne pour se promener avec moi. Leur mère est ravie que j'accepte, il faut les occuper ces enfants ; 3 mois de vacances, c'est long. Nous partons après le goulasch, tous les 4 (les 3 petits mômes 4,7,10 ans et moi). Ils virevoltent autour de moi, me causent comme si je comprenais, on échange des mots en anglais, en mongol et en français (vache, chèvre, cheval, chien). Je tombe amoureuse de ces gosses qui me font découvrir leur vallée, traverser des cours d'eau. Les deux plus grands se battent pour me tenir la main, l'autre étant occupée par un énorme bouquet de fleurs qu'ils m'ont cueillies. Ils sont gelés, leur mère les a laissés partir en pull. Le plus grand qui est plus couvert, passe son pull au plus petit. On retrouve cette entraide même au sein de la fratrie. Pour se réchauffer, nous courons, nous montons sur la montagne. D'un seul coup, le plus grand s'arrête et nous fait tous arrêter. Une chevrette crie à n'en plus finir ; elle a perdu sa mère et le troupeau. Il faut y aller, me dit-il !!! Finalement, en observant avant de se précipiter pour sauver la chevrette, on se rend compte qu'avec les bêlements, elle se repère et finit par rejoindre le troupeau. Ouf ! En haut de la montagne, un « ovoo » c'est-à-dire un amoncellement de cailloux et d'offrandes. Ils me donnent des cailloux et me montrent comment faire, nous tournons autour, nous disons des voeux et nous donnons les pierres. En redescendant, on croise un lieu à prière. Ils se mettent aussitôt à genou, mains jointes sur le front et les voilà partis tous les 3 à chuchoter des choses que je ne comprends pas. Ils veulent même me tenir mes fleurs pour que je puisse prier à mon tour. Impressionnant !
Au retour impossible de les quitter, ils me font un très beau dessin chacun en s'appliquant beaucoup, alors pour la première fois, je sors le cerf-volant, mais il y a trop peu de vent. Ils réussissent quand même à le faire voler chacun leur tour et leurs yeux pétillent de joie. Après, c'est l'essayage des gants de vélo, du casque, même la mère s'y met en mettant ma gourde à eau sur le dos !!!
Je lui donne une enveloppe pour qu'elle écrive son adresse pour lui envoyer les photos et lui donne une carte de visite qu'elle porte sur son coeur. Evidemment, au moment de payer pour la nourriture, pas moyen. Je laisse de l'argent sur la table. Hors de question que ces gens qui sont pauvres aient nourri une bouche de plus alors que la vie est si dure par ici. C'est d'ailleurs une constante de mon voyage sauf très rare exception, je paye mes repas. Il y a suffisamment de voyageurs qui profitent de la bonté des gens les plus pauvres, car ce sont toujours eux qui proposent d'offrir un repas.
Voilà, deux jours de bonheur simple au sein d'une famille mongole... En plus d'être un lieu magnifique, cela restera un de mes meilleurs souvenirs mongols.

 

Le 7 juin 2007 : Orphelinat dans la banlieue d’Oulan Bator

 

Toutes les écoles sont fermées. Alors je décide d'aller visiter un orphelinat avec Fraser, avocat écossais, qui est bénévole et donne des cours d'anglais. Nous prenons le bus ensemble ; l’orphelinat est à une dizaine de kilomètres de la ville dans un village faubourg où les gens vivent à proximité des immondices avec un puit au milieu. Il accueille 120 enfants qui sont presque tous partis en camp dans le parc naturel proche d'Oulan Bator. Malgré tout, il y a beaucoup de vie dans ce lieu riche en couleur bleu et orange. Umesch, un grand de 16 ans s'occupe de gérer les plus petits qui me feront de beaux dessins. Il y a une véritable entraide entre les petits et les grands.
J'ai également fait une belle rencontre. Une enfant psychotique commence par me donner des coups de pieds et de tête en me faisant signe de partir, en roulant les yeux, puis en se collant à moi pour finalement me faire un beau dessin ; ce qui l'apaise. Elle ne parle pas et s'automutile ; mais elle me semble extrêmement vive.
Les bébés sont aussi très vivants et c'est une chance pour eux d'avoir atterri ici même si ça peut paraître très triste de commencer la vie comme cela. Les enfants dans les rues ont le regard triste. Là, ils n'ont pas grand chose : un matelas sur un socle en bois, un poêle pour se chauffer, une armoire commune, une bouilloire pour boire l'eau du puit, un miroir. Il y a un adulte pour chaque maison de 11 ou 12 enfants ; conséquence, ils sont très rapidement autonomes. Pour les bébés, elles sont plus nombreuses. Personne n'a de qualification particulière et ça roule pourtant...
C'était une belle journée avec ces enfants. Chacun devrait donner 3 mois de sa vie pour venir donner un coup de main en Mongolie, il y a tant à faire...

 

Steppe

 

Vu que le désert a été plus court que prévu, je suis allée me balader en vélo à travers les steppes vers l'ouest pour faire une boucle de 800 Km en direction de Karhakorum, l'ancienne capitale mongole. En Mongolie, j'ai bivouaqué une fois avant de m'apercevoir que chaque maison et chaque yourte est un "hôtel" potentiel pour le soir. J'ai aussi découvert que l'on trouvait de l'eau à boire assez facilement (moins néanmoins que de la Vodka !) et des petits magasins pour acheter du saucisson et du pain caoutchouteux ainsi que beaucoup de sucrerie (gâteaux et bonbons).

J'ai vécu pendant une semaine avec les mongols comme les mongols. Bien sûr, pas d'eau courante des que l'on sort d'Oulan Bator ; on m'offrait 30 cl d'eau du puit pour me laver les mains et le visage. Un peu juste après une grosse journée de vélo sur des pistes poussiéreuses par 35 degrés. Mais c'est ce qu'ils vivent eux... La France est un pays plutôt facile sous cet angle là.
Les mongols sont des gens sympathiques en dehors d'Oulan Bator, toujours prêts à rendre service, à discuter, à regarder la carte, le guide, tripoter le vélo. Des enfants en vacances 3 mois (juin, juillet et août) m'accompagnent en courant, à vélo ou à cheval, sur plusieurs centaines de mètres. Etant donné la rareté des écoles, les enfants sont envoyés dans les villes des 6 ou 7 ans chez des parents ou des connaissances que les familles payent avec d'énormes morceaux de viande. Ce qui fait que plutôt que d'avoir un fort taux d'absentéisme, tous les enfants sont en vacances pour donner un coup de main aux travaux d'élevages. J'ai vu des bouts de choux de 8/10 ans sur des chevaux ramenant d'énormes troupeaux. Dommage pour ceux des villes qui traînent dans les parcs un peu désœuvrés.
La Mongolie est pour moi le pays des records : 156 Km pour la plus longue étape, 105 Km de piste de sable et de tôle ondulée à ne plus avoir de cervicales à la fin de la journée et 76 Km/h de pointe en descente chargée avec le vent dans le dos. En Mongolie il y a peu à faire et beaucoup à voir pour qui voyage en vélo ; donc, je roule 7 à 8 heures par jour... Et c'est beau, à couper le souffle. Steppe infinie...

 

Le 5 juin 2007 : Oulan Bator

 

Mon arrivée se fait sous un nuage de pollution. La circulation est démentielle, avec de nombreux embouteillages. Le vélo étant une entité négligeable face aux énormes 4x4 ou bus fumants, je reste très vigilante. Les gens me regardent sans sourire presque hargneux. Je traverse des faubourgs où les yourtes sont installées ; ils sont assez sales et transpirent de pauvreté. 35 pour cent de la population active en ville est au chômage (enfin ne travaille pas car il n’y a pas de statut pour les chômeurs) et 6 à 8000 enfants vivent dans la rue en mendiant, volant, s'organisant en bandes bien hiérarchisées. L'alcoolisme fait également de gros ravages... Bref pas de quoi sourire beaucoup pour ces gens. Je croise dans les rues des gens habillés de manière traditionnelle avec la « del » et le portable à l'oreille. Les HLM cubiques des années soviétiques côtoient un théâtre rouge et des immeubles d'Etat tels que les ministères en excellent état. Globalement, Oulan Bator est une ville très contrastée où la plus grande pauvreté côtoient la plus grande richesse. D'où le développement de la délinquance (vols principalement) et de l'insécurité. Les habitants de cette ville ont vraiment beaucoup de raison de ne pas sourire !
Je visite Gandantegchinlen Kiid ; ce lieu est impressionnant car très vivants. Des moines assis en tailleur de tous âges (les apprenants ont de 6/8 ans jusqu'à tard dans la vie) psalmodient inlassablement. Ils sont environ 900 dans ce lieu. Dans un autre bâtiment, des moines plus jeunes sont à l'école et apprennent aussi bien la philosophie bouddhiste que le tibétain, le sanskrit, l'anglais, la médecine traditionnelle et l'astrologie. Partout des moulins à prière à côté desquels les gens viennent prier. Dans le bâtiment principal, une statue de Avalokitesvara de 20 m de haut en bronze et en or contient des pierres précieuses, 27 tonnes d'herbes médicinales et à sa base l'équivalent d'une yourte et son mobilier ! Je suis allée visiter ce temple le jour de la récolte des offrandes. Dans une yourte, des gens triaient la montagne de billets (il y en avait vraiment beaucoup). En Chine, j'ai traversé des régions où les gens étaient très pauvres mais jamais je n'ai eu cette sensation d'abandon comme ici. Sans doute parce qu’en Chine, ils n'avaient pas faim avec le petit lopin de terre qu’ils cultivaient et grâce à l'entraide familiale. Bref, à Oulan Bator, il faut y passer 2 ou 3 jours et très vite en repartir pour voir les magnifiques paysages de Mongolie ou bien rester 4 mois comme cet avocat anglais que je croise venu bénévolement donner des cours d'anglais dans un orphelinat. Moi j'ai choisi de voir les paysages, alors je suis repartie faire une boucle de 800 Km vers l'ancienne capitale Karakorum ou Harohin...

 

Du 22 au 25 mai 2007 : Gobi, début et fin

 

Et bien oui, la traversée du désert de Gobi est déjà finie, trois jours seulement après avoir commencé... Non pas que je sois une championne du monde de vitesse, mais tout simplement parce que j'ai abandonné. Cet abandon a un arrière goût d'échec assez difficile, mais je n'ai rien pu faire contre les éléments...
Le 22 mai, je passe la frontière ; deux coups de tampons, pas de fouille ni de rayons X, un trajet en mini van avec 15 personnes à l'intérieur, plus mon vélo et toutes mes sacoches et tous les bagages des passagers. Heureusement, il n'y avait pas 50 Km à faire !! J'ai pu très facilement échanger des travellers, une fois n'est pas coutume. J'ai fais mes premières courses : saucisson, jus d'orange, ½ litre d'eau que je bois immédiatement pour ne pas m'alourdir (j'en porte déjà 9 litres). Je traverse Dzamid Uud sur une route goudronnée, puis plus rien : du sable et une piste.
Commence alors une lutte féroce pour avancer. Je pédale 3 Km, je pousse 500 m. Pousser un vélo de 50 kg qui dérape, c'est dur. Alors je tente de rester le plus possible sur le vélo. Quand je vois arriver un gros trou de sable, j’essaye de foncer pour prendre de l'élan pour que ça passe... et puis je tombe. La troisième fois, je tombe assez durement sur la tête et je m’ouvre le coude. Heureusement, j'avais mon casque, donc rien de grave. Après, je fais plus attention et je pousse et je pousse encore. Le vent était favorable, une fois n'est pas coutume. Apres 50 Km, j'ai bivouaqué pour la première fois seule dans le désert. Je n'étais pas très fière... Le lendemain, j'ai eu des difficultés à me lever ; j'étais percluse de courbatures. Le 23 à 5h du matin (le vent est moins fort à cette heure), je me suis remise en route sur une bonne piste, moins sableuse, avec un vent tranquille au démarrage. J'ai fait 12 Km et le vent s'est levé, très fort, en emportant le sable et j'ai vécu ma première tempête de sable. Là, c'est dur car avec le vent, je dois pousser le vélo en permanence et le sable me single le visage. J'arrête une première jeep avec deux occidentaux à l’intérieur qui me disent qu'ils ne peuvent pas m'emmener car j'ai trop de bagages. Ils ont le culot de me prendre en photo !! Je continue furieuse.
Une deuxième jeep avec trois mongols bien chargée réussiront à tout caser à l'intérieur y compris mon vélo !! L'entraide mongole n'est pas feinte. Ils me déposent à Erdene, dans une petite gare où je suis accueillie chez les cheminots qui me nourrissent, éteignent la télévision pour que je dorme, mettent une toile sur la fenêtre pour empêcher la poussière de rentrer (le lendemain, je serai quand même ocre de la poussière du Gobi). Tout cela, sans échanger un mot puisque l'on ne se comprend pas... Belle leçon ! Le lendemain, ils me mettent dans un train direction Choyr à 250 km. Je rencontre Edward un polonais avec un passeport anglais voyageant en vélo qui m’explique qu’il a fait 1 Km dans le sable et est retourné prendre le train. Il a décidé de retenter avant moi.
J'arrive à Choyr à 4h du matin ; l'air est glacé. Pas d'hôtels ouverts. Je me couvre et je prends la route qui est faite d’un magnifique goudron. Le bonheur ! Je vois le soleil se lever ; le vent est calme. Je fais 20 Km en 1h30 assez facilement ; le plaisir revient... Et puis le vent se lève, fort... Je pédale 30 Km et je m'arrête dans une yourte pour me reposer. Les occupants de la yourte m'offrent de la bière et de la vodka. Je n'aime ni l'un ni l'autre, mais difficile de refuser.  L’intérieur de la yourte est très beau et coloré. Dans celle-ci, trois générations cohabitent. Les anciens sont habillés en habits traditionnels, ceux de ma génération en habits modernes et les enfants un mixte des deux ; c'est étrange. Puis ils me font comprendre qu'ils ont des choses à faire ; alors, je repars... Je fais 2 Km et je m'arrête et ainsi de suite. Je fais à nouveau du stop et cette fois jusqu'à Oulan Bator. Je suis épuisée par ce vent, cette sécheresse. Pour moi, c'est un échec bien sûr ; j'en rêvais tellement de ce Gobi. La Mongolie est un pays très difficile et très différent de la Chine. Je comprends mieux les Chinois que les Mongols. La vie mongole est très différente et très difficile. Je me plains du vent, du sable et de la sécheresse, mais eux vivent tout cela au quotidien ; alors forcément, ils sont moins souriants que les Chinois.
En Chine, ma journée était terminée quand j'arrêtais de pédaler. Tout était simple : j'avais un lit, pas besoin d'affronter les éléments pour monter une tente et j'allais manger dans la rue un bol de soupe ou des brochettes. Là, il faut cuisiner ; enfin, plutôt chauffer un bol d'eau pour préparer une soupe de nouilles instantanée. Mais j’étais tellement épuisée que je n’ai même pas eu le courage de faire chauffer de l’eau.

Bien sûr, je savais qu’en Mongolie, les hôtels seraient absents et les bols de soupe dans la rue aussi. Je connaissais les difficultés pour un cycliste de traverser un désert, d’affronter le sable et surtout le vent. Je ne pensais pas que ce serait si difficile pour moi.
Je vais reprendre la route vers Karhakorum, ancienne capitale de la Mongolie dans les steppes en espérant que le vent sera plus favorable, puis je remonterai vers le nord en direction de la Russie où il parait que c'est plus vert et qu’il y a des arbres...
Je suis à Oulan Bator dans une Guesthouse très sympa. La capitale de la Mongolie est une ville très moche et délabrée ; mais je vous raconterai cela plus tard...