Bilan Russie

 

 Un mois de visa c’est bien trop court. On m’avait dit avant mon départ qu’en Russie, il était dangereux de circuler à vélo, seule, sur les routes et que le camping sauvage n’était pas conseillé, on m’avait également dit qu’il fallait éviter certains endroits. Certes, certaines fois je ne me suis pas sentie très à l’aise mais il ne faut pas exagérer. Au contraire, J’ai rencontré des habitants gentils, d’une grande hospitalité, se mettant en quatre pour moi alors qu’ils ne sont pas bien riches, peut-être ai-je eu de la chance. Je crois qu’il ne faut pas toujours tenir compte de ce que l’on peut rapporter.
La Sibérie es majestueuse et magnifique avec le lac Baikal et vaut le voyage. J’y ai fait de belles rencontres.
Le transsibérien vaut bien son mythe. Si vous avez l’occasion, voyagez en 3ème classe, ça vaut le coup…. Sauf pour l’intimité.
Pas beaucoup de champs cultivés dans ces immenses espaces. C’est très marécageux par où je suis passée avec beaucoup de lacs et de rivières. Des routes pas toujours formidables, des gens peu souriants au premier abord mais souvent très gentils, beaucoup sont armés (heureusement qu’ils ne « pètent pas trop souvent les plombs »).
Tous les soirs on m’a proposé du lait, sans doute en boivent-ils beaucoup : lait de vache mais aussi souvent de chèvre.
Quitte à me répéter : accueil chez des gens merveilleux, le meilleur depuis mon départ, de personnes réellement désintéressées et généreuses.
En ce qui concerne l’environnement, je constate que c’est assez sale là où il y a des habitants. Sur le bord des routes, je me suis longtemps demandée ce que c’était ces bouteilles de liquide jaune jetées dans les fossés : de l’urine des routiers qui ne s’arrêtent même pas pour uriner !!!
L’air est assez pur en dehors des grandes villes.
Je suis bien plus inquiète pour la Russie que pour la Chine sur ce sujet. Je crois qu’il n’y a aucune volonté politique, mais ça reste à creuser. Si il y en a qui ont des infos….

 

Du 12 juillet au 16 juillet 2007 : Rencontres russes 

 

 Je suis repartie de la capitale en pleine forme et très motivée pour regagner la campagne. Le premier jour, je suis dans le district de Moscou et les routes sont assez belles. C’est riche. Un coupe m’autorise à camper à côté de leur datcha (maison de campagne en bois) pour finalement m’inviter à y passer la nuit en me laissant les clés car eux repartent dormir à la ville. Quelle marque de confiance !!
Le deuxième soir, un cours d’eau : la Tverca m’attend. Des maisons le bordent. Encore une fois, je demande l’autorisation de camper et encore une fois je suis accueillie à dormir dans la datcha. Il y a deux baboushkas (grands-mères de 81 et 88 ans) et un dietoushka (grand-père de 82 ans) et les autres membres de la familles : Tania, Ellena, Giena. Ils sont réunis pour rendre hommage à leur mère et sœur décédée il y a 6 mois da la maladie de Parkinson. On me propose, dans un premier temps, d’aller aux bains pour me laver. Ça, c’est génial, car c’est la première fois que l’on me le propose. Tania vient avec moi. On se met nues, la pudeur reste au vestiaire et on entre dans la pièce à vapeur. Tania jette de l’au sur les pierres brûlantes, instantanément tu dégoulines tellement l’air est brûlant. Régulièrement, on sort boire de l’eau pétillante. Le dietoushka nous a donné des branches de boulot pour se fouetter, se frotter. Ça sent super bon. Tania m’enseigne tout ce rituel, un grand merci. On se frotte au gant de crin, on se rince les cheveux avec de l’eau chaude dans laquelle à infuser de la menthe citronnée. Eau froide pour finir que l’on se met sur la tête à l’aide d’une petite casserole. Ici non plus pas l’eau courante, donc il y a des bassines avec de l’eau à différentes températures et des petites casseroles. Tu ressorts de là, tu es toute molle, stone et la peau complètement lisse.
Peu de temps après, on passe à table avec un moment très émouvant où l’on porte des toasts à la mémoire de la disparue. Très beau ce moment. Ici, tu peux trinquer avec du jus de fruits ou ne pas finir cul sec ton verre comme il est de tradition en Russie. Nous mangeons, pour l’occasion, dans la grande pièce (tous les autres repas seront pris dans la cuisine) avec plusieurs mets sur la table. Chacun prend ce qu’il veut (pommes de terre, salade de concombre et de tomate, poisson, porc à l’oignon, poissons fumés, fromage, saucisson, bonbons, thé). Tout le monde est assis et mange en même temps. Pour les autres repas, chacun mange à sa vitesse et sort de table, aussitôt son assiette terminée même si les autres n’ont pas fini, en disant spasiba(merci). Le repas n’est pas un moment convivial comme chez nous ou en Chine, c’est juste pour se nourrir.
Les petites mamies me sortent leurs photos en noir et blanc. Le couple de baboushka-detoushka est ensemble depuis 60 ans !!!
Ils me proposent de rester chez eux le lendemain afin que je me repose, J’accepte bien volontiers. Nous avons une telle complicité que, même en russe, je comprends à peu près ce qu’ils disent. La communication ne passe pas toujours par le langage… Le départ est difficile, chacun me sert la main longuement et même fermement pour les personnes âgées en me disant un petit mot solennel les yeux dans les yeux ; je ne comprends pas, bien sûr, mais l’essentiel est dans le regard….
Il y a aussi Tania, Serguei, Tastin 16 ans, et Annia 12 ans une autre famille rencontrée dans un autre village. Là aussi, accueillie à bras ouverts avec les moyens du bord qui sont culturellement et financièrement assez pauvre. On me nourrit (poisson, pommes de terre, salade, jus de pommes hyper acide fait maison, thé) Tatiana veut absolument faire des photos avec moi. Pour cela elle m’emmène en promenade à l’autre bout du village voir sa sœur et une soi-disant journaliste. On rit beaucoup, Tatiana est toute émoustillée. Quant à Serguei, il est enfermé devant la TV les yeux brillants de vodka… je continue d’apprendre de ces gens !!!
Un dernier couple Valentine et Madame Valentine : tous les deux avec d’énormes problèmes de vue. Le chien et le chat de la maison ont aussi un œil en moins. Un hameau au bord d’un lac, personne ne veut, ils sont loin de tout et très isolés ; sans doute sont-ils craintifs ? Pourtant, ce couple accepte que je m’installe. Valentine m’entraîne au fond de son jardin et me prête un bout de pelouse pour ma palatka (tente) puis il disparaît environ 2 heures ; s’ensuit tout un travail d’approche où il m’amène des concombres, puis de la faisselle de chèvre au jus de fraises, puis du lait de ses chèvres. A chaque fois une nouvelle question : d’où je viens ?où je vais ?mon âge ?mon nom ?....heureusement, je commence à avoir repéré quelques mots de Russe (bien plus facile que le Chinois) mais quand je ne comprend pas, il crie un peu plus fort en ARTICULANT !!! Finalement je suis invitée à manger le dessert : blinis à la faisselle sucrée, hum ! puis au petit déjeuner le lendemain : bouillie de Sarazin (une découverte pour moi, un régal) pain, saucisson, fromage, café, gâteau, bonbons, blinis) Madame Valentine ira même me faire un panier garni pour ma journée ; une vraie beauté de cœur ces deux-là.
Il y a eu d’autres rencontres notamment celles du 14 juillet mais je vous les réserve pour mon retour. Je voulais déjà vous faire partager celles-ci…

 

10 juillet 2007 : Nord-Est de la Russie 

 

 Je suis repartie de Moscou bien contente de quitter cette grosse ville bruyante. Rapidement je découvre la campagne, de nombreux lacs et rivières dont la Volga, beaucoup de marécages, des grenouilles (bonheur, ceux qui savent comprendront), des forêts immenses mais bien entamées par l’homme.
Je mettais fait un chouette parcours vers Ostaskov et Novgorod m’amenant tranquillement vers la frontière par les petites routes secondaires, soudain, ma route s’est arrêtée nette laissant place à la forêt, j’ai dû faire demi tour et regagner la grande route, qui serait pour nous une nationale avec des camions qui passent à moins d’un mètre de toi en te balançant des paquets de flotte lorsqu’il pleut !! Nettement moins agréable…mais la fin de mon visa approchant, je n’ai pas le choix. J’en ai quand même bien profité. C’est magnifique.
Les Russes de cette zone sont plutôt détendus, faisant signe parfois ; cette région est aussi pour eux un lieu de vacances, ailleurs pas de signe ni de klaxon, ça ne rigole pas trop en Russie.
Tous les soirs, je me suis trouvée un bord de lac ou rivière pour me laver et camper, c’était chouette.

 

Le 5 juillet 2007 : Moscou

 

Moscou est une ville immense, anonyme, bruyante et plutôt dangereuse pour un cycliste. C'est un peu une ville européenne. Les bouches d'égouts sont fermées, les prix exorbitants, les femmes à la mode, les hommes d'affaires pressés. Ca sent un peu le retour pour moi. La ville est assez belle avec de beaux bâtiments et le centre ville avec le Kremlin, la basilique Saint Basile, la place rouge et autres sites historiques et touristiques somptueux.

A mon hôtel, j'ai rencontré une famille, Anne et Thomas qui venaient d'adopter deux magnifiques enfants russes. Nous avons partagé des repas et une ballade ensemble. C'était un très bon moment et tellement agréable d'échanger si facilement en français !!! Si vous lisez ce texte, Anne et Thomas (je n'ai pas votre adresse mail), vous devez être rentrés en Bourgogne avec vos deux enfants (alors tricycle à deux heures du matin autour du piano ou pas ?). Plein de bonheur à vous...

On fait souvent de chouettes rencontres dans les guest-houses : dortoir où l'on a accès à la cuisine pour se préparer ses repas...
Que dire de plus sur Moscou ? Ils ont un métro musée, vitrine stalinienne du communisme. Cela vaut une journée de visite rien que ça. La différence entre les riches et les pauvres est énorme ; certaines boutiques sont dignes des boutiques de luxe parisiennes.
Demain je repars à travers la campagne russe en direction de l'Europe. Mon visa russe prend fin le 18 juillet. Je pense être à Riga aux alentours du 25 juillet. Camping sauvage comme logement et pâtes comme menu. C'est reparti. Ca fait une grosse semaine que je n'ai pas fait de vélo. J'ai hâte de quitter la grosse ville pour croiser des villages et rencontrer des gens...

 

Le 1er juillet 2007 : Irkoutsk/Moscou par le transsibérien

 

Ah le transsibérien, tout un mythe ! Pendant 4 jours et 3 nuits, j'ai vécu avec la même famille russe en troisième classe dans un wagon de 54 couchettes. 4 jours de repos forcés pendant lesquels je pensais m'ennuyer mais finalement le temps est passé assez vite.
Au démarrage, j'ai failli le rater car ma montre (cela reste une grande question pour moi) affichait une heure de moins que l'heure réelle. Je ne m'en suis rendue compte que lorsque j'ai été assise dans le train qui s'est donc mis en route une heure avant l'heure (à ma montre !). Heureusement, puisqu’il fallait enregistrer et emballer mon vélo, j'étais arrivée très en avance. Là encore, quelle aventure ! J'ai fait 3 guichets. On m'a d'abord renvoyée vers les consignes à bagages, puis on m'a trimballée de guichet en guichet jusqu'à ce qu'une petite dame sympa qui finissait son service m'emmène à l'autre bout de la gare pour faire les formalités. D’abord, tu vas dans un premier guichet où tu payes pour avoir un papier vierge avec un tampon. Après, tu vas faire peser, emballer et remplir le papier dans un autre endroit. Tu retournes au 1er guichet qui te renvoie vers un autre guichet pour payer l'enregistrement. Ensuite, il faut trouver le bon quai mais là c'était simple car on m'a proposé d'emmener mon vélo sur un tracteur pour 30 roubles que j'ai suivi. A l'arrivée, c'était 300 roubles pour faire 250 m ; j'ai refusé de payer. J'ai encore du payer pour monter mon vélo dans le wagon à bagages. Quel délire ! Après je me suis assise dans le train qui est parti immédiatement... Ouf ! J'ai aussitôt réglé ma montre à l'heure de Moscou car j'ai perdu 5 heures en 4 jours de voyage. Je n'ai plus que deux heures de décalage avec vous.

J'ai fait connaissance avec ma petite famille qui occupe les 3 autres couchettes de notre alcôve : Vladimir a 16 ans, Nikita, 6 ans et Uve, la maman, 35 ans. Grâce au guide et à la bonne volonté de chacun nous communiquons assez facilement. En 3 jours, nous avons fait du coloriage ensemble, échangé nos musiques, ri ensemble, joué aux cartes, regardé des photos, mangé du lyophilisé. Bref, ça crée des liens. A Moscou nous étions tous un peu tristes de se quitter alors nous avons échangé des cadeaux et des bonbons pour se souvenir et avec beaucoup d'émotions chacun a choisi de dire quelques mots dans la langue de l'autre. Supers moments et rencontres.
Voyager en troisième classe a de nombreux avantages comme la convivialité et la sécurité pour moi qui voyage seule (chacun finit par connaître son voisin et surveille les affaires de l'autres lors des arrêts en gare où l'on peut descendre). C'est plein de vie, les enfants jouent ensemble, il y a des échanges de provisions et de jeux de cartes. Certains jouent aux dames, lisent ou parlent... Je me suis promenée une fois dans le train vers les seconde et première classes. Certes, cela semble bien plus confortable et sans doute que l'on s'y repose mieux avec plus d'intimité mais c'est sans vie. J'étais contente de retourner dans mon wagon vivant.

Dans certaines gares, le transsibérien s'arrête pendant 15 à 30 minutes ; j’imagine pour refaire le plein en eau notamment. Il y a des petites boutiques qui vendent de tous et des babouchkas qui vendent surtout de la nourriture et des journaux. J'ai ainsi pu agrémenter mes lyophilisés avec des tomates et des concombres de leur jardin (un bonheur).
A l'arrivée, j'ai récupéré mon vélo en état avec une facilité étonnante (il a quand même fallu que je remplisse un papier) et je suis partie à la recherche d'un logement.

 

Le 29 juin 2007 : Irkoutsk et le lac Baïkal

 

Ca y est, j'y suis et demain je prends le transsibérien. Chouette du train pendant 4 jours ! Il s'en est passé des choses durant tout ce voyage entre Ulan Ude et Irkoutsk. Des montagnes russes en guise de route, du beau temps, de la pluie, du froid... Mais surtout des rencontres plus ou moins belles...
J'ai commencé par rencontrer les russes et la vodka, un jour où il était tard et où je n'avais pas envie de monter la tente. Je suis donc accueillie un soir par Lena pour 200 roubles. Elle me prépare un lit ; elle est pour l’instant sobre. Elle vit avec son frère et pour conclure la bonne affaire qu'ils viennent de faire, nous trinquons, pas n'importe comment. Ils m'apprennent à trinquer à la russe avec un alcool très fort fait maison : cul sec et après tu prends une pousse d'ail sauvage de la forêt, tu la plies, tu la trempes dans le sel et tu croques. Après 3 toasts, je suis déjà très joyeuse ! Je refuse les autres en leur disant que je suis fatiguée. Ils partent finir la soirée ailleurs me laissant avec un seau pour faire pipi et la bouteille pour le cas où j'aurais soif, me disent-ils. Quand Lena rentre, elle tient à peine debout, vomit puis pleure. Elle manque de mourir étouffée après avoir encore bu ce qu'il reste sur la table. Elle mange du poisson cru, le reste de soupe puis vient me voir à plusieurs reprises. Elle allume la lumière, se couche sur mon épaule, tente de me parler mais vu que je ne comprends pas elle hurle dans mon oreille au cas où je comprendrais mieux, m'apporte de l'ail, me demande si j'ai faim, soif, m'embrasse sur la joue (hum, la bonne odeur de poisson et de schnaps mélangés !). Bref, c'est la galère... Je finis par l'accompagner dans son lit où elle s'écroule et ronfle jusqu'au matin où je m'éclipse sans même la réveiller.
Et puis il y a eu Anatoly et Galina, frère et soeur eux aussi, rencontrés au détour d'un col. Je m'étais arrêtée pour boire. Un gros chien s'est mis à aboyer alors Anatoly est sorti pour voir ce qui se passait. Vu que j'étais fatiguée j'en ai profité pour lui demander où je pouvais planter ma tente. Il m’a ouvert grand sa porte, m'a offert un toit pour dormir, de l'eau chaude pour me laver et quand j'ai été propre, j'ai été invitée à manger avec eux. Salade de concombre, de radis, d'ail fraîche et de crème fraîche (un régal, je n'avais pas mangé de légumes depuis si longtemps), des pommes de terre, un « omul » (poisson fumé du Baïkal que je traînais dans mes sacoches, un délice), du fromage, de la saucisse, du pain, des bonbons et du thé. Ils mangent tout en même temps. Chacun pioche dans les plats. Quand il s'est mis à pleuvoir, nous avons tous couru couvrir les serres ; ils ont un magnifique jardin. Sans comprendre, j'ai fait parti de leur famille l'espace d'une soirée et d'un petit déjeuner. C'était très chouette.

 

Le lac Baïkal est une merveille ; un vrai coup de coeur pour moi, cette Sibérie avec toute cette eau. J’en ai tellement manqué en Mongolie... Là il y a des torrents partout qui descendent de la montagne et le lac : 640 Km de long pour 60 de large. C'est le lac d'eau douce le plus profond du monde (1637 m). L'eau y est glacée et translucide : 13 degrés lorsque j'y étais (elle monte rarement au-dessus de 15 !). Je n’ai pas réussi à me baigner. Je me suis contentée de me laver : c'est vivifiant !
Par endroit, il est pollué par les usines de fabrication du papier. Les russes sont très fiers de leur lac et ils ont bien raison ; ils en boivent l'eau après l'avoir fait bouillir. C'est encore très sauvage et assez peu touristique. La route que j'ai prise qui le longe au sud est magnifique. L'hiver, ce doit être glacial. Il parait que les russes mangent des glaces par moins 30 degrés. J'adorerais voir ce lac l'hiver pris dans les glaces. Un autre Anatoly rencontré alors que je me réchauffais avec un bon thé dans un restaurant routier m'a raconté qu'il y a deux ans, il a rencontré une anglaise en vélo en hiver qui allait en Chine ! Il y a bien plus folle que moi, mais l'idée est intéressante.
Par endroit, il est pollué par les usines de fabrication du papier qui laissent flotter une pollution jaunâtre.
Au milieu de toutes ces belles rencontres et ces magnifiques paysages, je suis allée visiter une école à Tankhoy. Les écoles, de même qu'en Mongolie, sont fermées entre le premier juin et le premier septembre. J'ai eu la chance de tomber sur une professeure de science qui animait un camp d'écologie. Elle téléphone à la professeure d'anglais qui vient à l'école pour l'occasion ; cela facilite quand même la conversation même si je ne suis pas très douée. Les enfants sont ravis et s'appliquent pour leurs dessins. Au tableau, nous dessinons le monde (« mir » en russe) qu'il faut protéger et les papiers et autres détritus qu'il ne faut pas jeter n'importe où, si possible dans une poubelle... Mais que faire des poubelles après ? Grave question à laquelle je n'ai hélas pas de réponse pour ce pays où les gens jettent tout dans les fossés ou par les fenêtres du transsibérien. Quel dommage, la nature est tellement belle ici. Les bouteilles en plastique sont encore une fois un grave problème et traînent partout sur les bas cotés. Et là, pas de chinois pour tout ramasser pour le recyclage...

 

Le 22 juin 2007 : Ulan Ude

 

... C'est parti pour 250 Km de montagnes russes jusqu'à Ulan Ude capitale de la Bouriatie. Je retrouve les paysages de la Mongolie mais il y a plus d'arbres. On se croirait un peu dans le jura avec des espaces tellement plus vastes. C'est magnifique comme toujours. Les maisons sont toutes en bois. Des Lada partout, voitures russes par excellence. Une route pourrie avec non pas des nids de poule mais des nids d'éléphant sur les 130 premiers kilomètres. Vers Ulan Ude la route devient plus plate. Les gens sont bien moins amicaux dans la globalité que dans les 3 pays que je viens de traverser mais j’en trouve des sympas quand même. Comme ces deux femmes qui s'arrêtent sur le bord de la route et me questionnent en russe : où je vais, d'où je viens et qui me prennent en photo. Ou une jeune bouriate qui me traîne dans tout le centre ville pour trouver une superette pour acheter à manger ! C'est étrange ici car depuis 6 mois, j'étais dévisagée car j'avais un faciès différent des populations locales. Là, la plupart sont blonds aux yeux bleus (le reste de la population est bouriate et ressemble aux mongols). Je leur ressemble. D'ailleurs, on me parle en russe et l'on s'étonne que je ne comprenne pas ! J'ai l'impression d'être en Europe et d'être rentrée. Pourtant je n'en suis qu'à 7000 Km et il me reste encore un gros morceau. Jusqu'à Irkoutsk, je dois pédaler 460 Km en 6 jours avant de prendre le transsibérien... La route est parait-il difficile avec montagnes russes et revêtement chaotique.

 

Le 20 juin 2007 : Passage de frontières

 

Ce qui est génial avec un vélo, c'est que tu ne fais pas la queue avec les voitures. Pas vraiment piéton, mais pas motorisé non plus... Donc je me retrouve devant les grilles mongoles encore fermées, il n'est pas encore 8 heures, ce matin. Lorsqu'elles s'ouvrent, c'est la ruée générale vers un petit guichet avec une minuscule fente qui me demande le numéro d'immatriculation du véhicule ! Pour être enregistrée sur le premier registre et pour sortir, il le faut absolument. Je me mets donc à quatre pattes pour trouver le numéro du cadre que je décide être le numéro d'immatriculation. En échange, je reçois un papier que je dois aller faire tamponner 15 m plus loin. J'obtiens un premier tampon et un deuxième enregistrement sur un deuxième registre. Puis deux douaniers viennent voir l'engin et mettent chacun (!!!) leur tampon !!! Bref, c'est avec mes 3 tampons sur le même papier et après avoir présenté mon passeport et hop un tampon de plus, que je quitte la Mongolie. J'ai la sensation que c'est toujours plus simple de rentrer dans un pays (quand tu as le bon visa) que d'en sortir, étrange. Pour la Russie, c'est plus carré : pas de cohues, pas de bruit, pas de sourire, des gardes en armes partout. Papier d'immigration, papier de déclaration des valeurs. Un douanier me suit et me demande ce que j'ai dans mes 6 sacoches. Je commence une longue énumération fastidieuse. Il me coupe assez brutalement et me demande si j'ai de la drogue. Non, Monsieur le Douanier. Alors vu qu'il en a marre de ma liste de matériel, il me dit "go". Ca y est me voilà en Russie. Passage à la banque pour échanger mes précieux dollars contre des roubles et c'est parti...